Traumatisée par les médecins

fachée-docteurs

Comme vous avez du le ressentir si vous lisez le blog, je ne suis pas très copine (et c’est un euphémisme) avec les docteurs depuis ma prise d’antidépresseurs (j’ai fait une rime haha). Je ne vous ai pas encore parlé de mon parcours catastrophique car j’attendais d’avoir pris suffisamment de recul par rapport à ce sujet. C’est chose faite.  J’ai compris que le moment était venu lorsque ma neurothérapeute (celle chez qui je fais mes séances de neurofeedback depuis quelques semaines) m’a demandé la raison de ma colère contre les médecins et que je n’ai pas ressenti une once d’émotion en lui résumant mon histoire.

Je tiens à préciser que si je vous en parle, ce n’est pas simplement pour vous raconter ma life (si vous me connaissiez IRL, vous remarqueriez vite que je ne suis pas du style à faire facilement des révélations), mais surtout, parce que, par les temps qui courent et les cas de plus en plus fréquents de burn-out et dépressions en tous genres, il me paraît important de prévenir et de témoigner des effets à long terme de ces médicaments. Effets qui, comme dans mon cas, peuvent perdurer bien au delà la durée du « traitement ».

Mais remontons à 2007, là où tout a commencé. En 2007, un vendredi d’octobre comme les autres, alors que je suis en train de me préparer pour aller au boulot, je fais une attaque de panique. J’avais, déjà, fait quelques crises d’angoisse (surtout, depuis l’obtention de mon diplôme) mais rien de comparable. Ce jour-là, je pense que je vais mourir et ne  comprends pas   ce qu’il m’arrive.

Je suis sur les premières marches de l’escalier qui mènent à la société pour/dans laquelle je bosse, lorsque la concierge de l’immeuble me trouve et décide, en voyant mon état, de  me conduire à un dispensaire (j’habitais à Barcelone) où l’on me fait prendre deux cachets pour me calmer. Ce sont des benzodiazépines. Ils n’ont aucun effet sur moi et du coup, j’atterris aux urgences psychiatriques de l’hôpital le plus proche de mon lieu de travail. Là, on me fait prendre du diazepam et je m’endors  (en vérité, je suis plus sonnée qu’autre chose). A mon « réveil », je suis calme et une psychiatre m’attends, pour  m’expliquer ce que j’ai eu et me dire que j’ai sûrement de gros problèmes, dans ma vie, pour en être arrivée là. C’est bateau, la façon dont je le dis, mais en vérité, à ce moment-là, elle avait bien résumé la situation. Le hic, c’est que ce médecin me prescrit une boîte de diazepam (valium), à prendre trois fois par jour, sans me dire ce que c’est et moi, naïve comme je suis, je prends les comprimés.

Je crois que je dois en avoir pris pendant une semaine, un truc comme ça, avant de faire le lien mon état (je suis abrutie, j’oublie tout)- médicament et arrêter. Forcément, vous allez me dire, si tu prenais du valium…Sauf que je n’avais aucune idée de ce que je prenais. J’ai suivi la prescription et ne me suis pas posée de questions.

Consciente que mon état ne s’améliore pas (je fais toujours des attaques de panique, même si moins intenses), je prends rendez-vous avec le médecin généraliste du centre de santé le plus proche de chez moi. Au bout de cinq minutes de consultation, ce même médecin qui me voit pour la première fois, me met sous antidépresseurs.

L’antidépresseur qu’elle me prescrit  manque, de peu, de me tuer. J’ai des effets secondaires horribles: des douleurs insupportables aux jambes et aux bras, surtout au repos. A ce point  insupportables que, si un ami n’était pas venu à ma rescousse, une nuit où ma douleur dépassait de loin le seuil du supportable, je ne sais pas ce que j’aurais fini par faire pour les faire partir.

Le médecin, quand je lui parle de ces effets me dit que c’est impossible et qu’en fait, le problème, c’est que je ne veux pas me soigner. Je ne l’écoute pas, j’arrête et « oh miracle », les douleurs cessent. Adeu Barcelona.

De retour en Belgique, je plonge dans la dépression. J’ai  toujours des AP et m’enferme de plus en plus chez moi.

Je cherche de l’aide, consulte un psychiatre, qui, d’emblée, veut me prescrire de nouveaux antidépresseurs. Moi, je ne veux plus de « ça » après mon expérience barcelonaise. Je le lui dis et c’est alors qu’il me balance un argument imparable: « Il est possible que vous vous en sortiez, mademoiselle (à l’époque, on m’appelait encore mademoiselle) « sans », mais ça prendra beaucoup, beaucoup plus de temps ». Non seulement, il met en doute le fait que je puisse m’en sortir « sans » mais en plus, il insiste sur le temps colossal que ça prendrait. Désespérée, je cède.

A nouveau, j’ai des effets secondaires épouvantables. Cette fois, c’est mon anxiété qui monte au plafond et qui me plie en deux (littéralement). Dans ce cas, les symptômes  finissent quand même par baisser au bout de trois semaines.

En revanche, au niveau de ma dépression et de mes attaques de panique, je ne ressens pas d’amélioration avec ces antidépresseurs. La réponse du psychiatre, quand je lui fais part de cette information: « Faut attendre que le médicament fasse effet ». Oui, au bout de deux semaines, je veux bien, mais après trois mois ? J’arrête mes consultations chez lui mais continue le traitement dans la mesure où j’ai quand même appris entretemps qu’on ne peut pas arrêter ce genre de choses du jour au lendemain.

Ils ne me font , tellement, pas fait effet qu’un an plus tard, alors que je les prends toujours, je connais un nouvel épisode dépressif aigu à cause d’un gros chagrin (pas besoin de vous faire de dessin). C’est là que mon médecin traitant de l’époque (je n’ai plus de médecin traitant à ce jour) me prescrit les antidépresseurs que j’ai arrêté il y a trois ans. Ceux-là, j’accepte de les prendre, sans rechigner, tellement je suis épuisée de me trouver dans ce qui me semble être un gouffre. Bien sûr, je lui demande s’il y a des effets secondaires. Question, à laquelle il répond « oui, comme pour tous les médicaments mais ils ne sont que transitoires ».  C’est cela oui

Je passe donc d’un antidépresseur à un autre et rapidement, je ressens une différence. Au bout d’une petite dizaine de jours, je sens mon esprit s’apaiser, mes idées noires s’éloigner et mon sommeil s’en aller, car oui, mon moral va mieux mais j’ai arrêté de dormir. Je fais part de mon insomnie au médecin et il me dit que ce n’est pas le médicament mais ma dépression, la responsable de mon insomnie. Il m’ajoute un deuxième antidépresseur pour le sommeil. On était début 2009, on est février 2018 et entre les deux, je ne dois pas compter plus de quelques nuits de sommeil réparateur par an. Difficile à croire ? Je ne vous le fait pas dire.

Je perds donc mon sommeil, je perds 10kg sans rien faire et ma mémoire commence à s’effriter.

Début de sevrage, janvier 2013. Fin de sevrage avec symptômes horribles, mars 2015 et entre temps, des médecins qui, sans me connaître, tentent soit de me faire continuer, soit de me faire prendre d’autres choses. La quatrième dimension, je vous dis.

Avec le recul, je me rends compte à quel point ces médicaments peuvent être dangereux. Dans mon cas, il y a l’insomnie, la perte de poids, l’angoisse qui diminue en intensité mais pas en quantité, sans parler des nouvelles « sensibilités ». Je deviens photophobe (je ne supporte plus les grandes intensités de lumière) et j’ai des douleurs dans tout le corps dès le réveil. Par ailleurs, il faut aussi savoir que les antidépresseurs inhibent la production d’endorphines, ce qui fait que les émotions se retrouvent  émoussées et les sens endormis (je n’ai plus écouté de musique pendant sept ans). Il n’y a plus de grandes peines mais plus de grandes joies non plus. Et comme vous ne ressentez pas grand chose, vous ne résolvez pas les soucis à l’origine de votre dépression/anxiété. Super programme.

Aujourd’hui, ce qui continue à me choquer, scandaliser, interloquer et que je dénoncerais toute ma vie, c’est l’attitude de nombreux médecins, imbus d’eux-mêmes, qui masquent leur impuissance en prescrivant ces substances à n’importe qui (dès qu’une personne exprime qu’elle est un peu déprimée), n’importe comment (comme des bonbons), sans suivi , sans accompagnement, en ne mentionnant pas les alternatives possibles et/ou en ne prenant jamais en considération les remarques du patient quant à l’effet de ces substances. Si je pouvais, je collerais des procès à tous ces pseudo-professionnels.

C’est horrible de ne pas pouvoir faire confiance en qui est supposé vous soigner. Horrible de ne plus prendre aucun médicament l’esprit tranquille. Horrible d’être cataloguée par nombreux médecins, comme quelqu’un de qui on ne peut pas se fier parce qu’un jour, vous avez souffert d’une dépression et/ou d’anxiété. Je ne sais pas si vous me comprenez.

Maintenant, cela fait presque trois ans que j’ai arrêté mes antidépresseurs de malheur et je n’ai aucunement l’intention d’en reprendre. J’ai mis toutes les chances de mon côté, j’utilise toutes les alternatives possibles et inimaginables et le seul effet qui perdure en ce qui me concerne c’est l’insomnie. Une insomnie handicapante, certes, mais bien moins que tous les problèmes cités plus hauts. Je suis « moi » avec mes défauts/mes qualités  maintenant et plus une version fade de ma personne.

Si vous n’avez pas tout compris ou avez besoin d’un éclaircissement, n’hésitez pas à me poser vos questions.

fachée-docteurs

 

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12 commentaires sur « Traumatisée par les médecins »

  1. Heureusement que tous les médecins ne sont pas comme ça… j’ai eu l’occasion de rencontrer un « prescripteur de pilules », psychiatre également mais j’ai refusé de prendre ce qu’il voulait me prescrire en plus pour, je cite, « changer ma vision des choses »… Je suis sous traitement depuis octobre 2016 (médoc + thérapie) et cela me convient…
    Bon dimanche

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    1. oui, moi le souci, c’est qu’en 2007, je ne faisais même pas encore la différence entre psychologue et psychiatre. Je n’y connaissais vraiment rien. Je n’étais vraiment pas bien, je voulais une solution. Je n’ai pas eu de chance. Je ne suis pas un cas unique. Il y a un témoignage bien pire que le mien dont j’ai mis le lien sur ma page « ressources bonheur ».

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  2. Intéressant ton témoignage, merci de le partager avec nous! Mais c’est assez édifiant comme les médecins balancent ça sans chercher d’autres solutions… Alors que bon d’après ce que tu nous dis, il ne suffit pas de les prendre pour que les problèmes s’en aillent par magie…
    Mon copain a un parcours plus ou moins pareil que toi, enfin il a des problèmes de santé, donc il est très familier des médecins aussi, et il dit la même chose qu’il faut s’en méfier et ne pas les écouter sans se poser de questions…
    C’est bien que tu aies pu prendre du recul et ne plus avoir besoin de ces médicaments! 🙂

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    1. Ben, je soupçonne quand même que certains médecins de recevoir un pourcentage sur les prescriptions pour certains types de médicaments. Quand je me relis, je me dis qu’on doit penser que j’étais bête, mais en vérité, j’allais mal et je n’avais aucune confiance en moi…Aujourd’hui, je m’écoute beaucoup plus et surtout, mieux.

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      1. Non je trouve pas que c’est bête de suivre ce que disent les médecins, après tout on est censé pouvoir leur faire confiance… Il faut un sacré recul et un esprit critique pour remettre en cause ce qu’ils disent, c’est loin d’être évident!
        Et c’est encore plus dur à faire quand on va mal 🙂

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      2. J’ai tout arrêté contre avis-médical lorsque je suis devenue maman solo. Je ne pouvais pas me lever la nuit pour mon fils et je voyais bien comme ils étaient en train de me détruire à petit feu. Ma mère m’a dit (et elle n’est pas du style à faire des compliments) qu’elle ne pense pas qu’elle aurait eu le même courage que moi…Pour moi, il n’était pas question de courage mais de survie 🙂

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  3. Comme je te comprends. Mon fils, atteint du syndrome de la Tourette à 8 ans a subi les mêmes horreurs : la seule chose que l’on a trouvé pour l’aider fut la valse des médocs, tant et si bien qu’à 12 ans, il a fait une grave dépression et à l’hôpital (ils l’ont même attaché une fois, l’horreur suprême), ce fut encore pire ! J’étais en plein désarroi et je crois que ce qui nous a montré la voie était ma propension à parler, de la vie de manière philosophique. Nous faisions de grandes balades (même nocturnes quand se pointait la crise d’angoisse) et peu à peu au fil de nos discussions, nous en sommes arrivés à réaliser que nous vivions dans une société « malade ». Nous avons tout changé (moi aussi par la même occasion) surtout notre alimentation (exclusivement de biocoop, sans viande) et ses tics ont disparu, ses crises aussi, sans aucun médoc !! Après coup, mon tort fut sans doute, dans la normalité et le ronron quotidien, d’avoir voulu le réintégrer dans une « norme » alors qu’il avait déjà des idées liertaires bien établies ! Il a perdu confiance envers le système en général. J’ai réussi à le pousser jusqu’au bac et me suis mise à « rêver d’études sups ». Alors, il a « fui » dernièrement pour se retrouver en travaillant dans des fermes bios (woofing). Mon fils me manque, mais je dois le laisser Etre. Si on n’y prend pas garde, si on ne correspond pas au moule pré’établi (travaille-CON-somme), on peut vite se faire happer, être détruit. Le défi est d’être assez fort pour Etre et Oser dire non le cas échéant.Tu l’as fait, Bravo 🙂

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    1. Ton témoignage est magnifique. J’espère que ton fils et toi allez bien aujourd’hui.
      En ce qui me concerne, je pense qu’une partie de moi voudrait toujours retourner dans la norme…mais ce n’est plus possible. J’ai vécu des chose fortes et différentes depuis si jeune que je ne peux pas adhérer aux diktats de la société. C’est toujours une ambivalence et une souffrance à certaines périodes.
      Bravo à vous pour votre courage 🙂

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      1. Mon fils fuit la norme en vivant le plus naturellement possible, et pour ma part, j’arrive à concilier une vie sociale et mon atypisme : je n’ai pas de voiture, ni de TV, ni de smartphone, je vais à ma biocoop avec ma charrette, je me vêts aux puces, suis végé. Je vis seule et heureuse ainsi. Cela ne m’empêche pas de vivre en hlm, de côtoyer pleins de personnes dans l’association où je bosse qui sont à fond dans le système. Je n’ai plus de colère ni de jugements. Je suis une femme libre dans ma tête et mes choix, et m’en fous du regard des autres. Comme disait Krishnamurti « ce n’est pas faire preuve de santé mentale que de s’adapter à une société malade ». La cruauté ambiante me fait mal mais je sais qu’elle est liée à l’ignorance. L’homme est ainsi. A nous de montrer l’exemple et de faire notre part. Bref, mon atypisme ne m’empêche pas de vivre dans la société. Mon fils aurait tendance à penser comme toi aujourd’hui. Je pense que pour ma part, la maturité (j’ai presque 49 ans) se lie à une forme d’apaisement, ce qui ne veut pas dire accepter et se fondre 🙂

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