Le travail, c’est la santé …

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Pour moi, avant, le boulot, c’était comme pour tout le monde: un gros « C’est comme ça » On naît, on joue, on va à l’école, on bosse. C’était comme ça depuis la nuit de nos temps et je n’avais jamais réfléchi à la question.

Personnellement, j’ai été une excellente élève qui, n’avait presque aucun effort à fournir pour réussir. Et comme si ce n’était pas suffisant, je cumulais, en plus, le profil type de la « bosseuse » qui n’avait pas peur de mettre la main à la patte. C’est donc très tôt que j’ai commencé à enchaîner les petits boulots en plus de mes études (Premier job: peinture de fenêtres et de portes, c’est dire si j’étais motivée haha).

Ma première baffe, je me la suis prise, le jour où j’ai obtenu mon diplôme de traduction. Je ne savais absolument pas quoi faire.Je n’avais qu’une piste:  ne pas perdre 40 heures/semaine  dans un taf qui m’ennuierait à mourir ou dans lequel je ne me sentirais pas utile. Quarante heures pour moi, c’était significatif.

J’ai donc cherché mon Graal particulier. J’ai envoyé des tas de cv (genre 1000) pour les fonctions qui m’intéressaient, enchaîné des emplois horribles et/ou très mal payés (a.k.a Barcelona 2007) comme salariée, des formations et puis, je suis tombée malade (dépression).

Sous médicaments, je n’étais pas la même (physiquement et psychiquement)  et j’ai, par conséquent, pensé que la formule « traductrice-correctrice freelance »  à mon compte me siérait mieux. J’ai alors suivi des parcours d’intégration pour devenir entrepreneure, bénéficié  d’un coaching dans la maison de l’emploi de mon quartier, etc.

Au début, je n’ai pas eu de problème à trouver de contrats (en noir, cela va sans dire) mais j’ai vite remarqué le souci « paiement ». Ce n’est pas que les gens ne me payaient pas, comme je lis souvent, mais qu’ils me payaient des cacahouètes et trouvaient ça tout à fait normal (j’ai même eu droit à une maison d’édition qui voulait, en plus du livre que j’avais traduit pour eux trois mois auparavant, m’ajouter un supplément à traduire gratuitement!!!!).

Pour compléter ces contrats intéressants au niveau du contenu mais tout à fait foireux, au niveau financier, j’ai longtemps cherché un mi-temps . Je n’étais pas bien difficile mais les patrons prétextaient toujours que j’étais  surqualifiée, qu’ils n’acceptaient pas plus d’un bac+3 ou que j’allais m’ennuyer, pour ne me pas m’engager. Ma vie pro, c’était donc contrats foireux + chômage + cours (+stage) pour ajouter des cordes à mon arc, jusqu’au jour où je suis retombée malade (fin de sevrage) et que, finalement, j’ai été obligée de m' »asseoir » pour me pencher sur la question.

Les dix ans après  diplôme, en gros, j’ai compris que je les avais passés à culpabiliser. Cela n’avait rien de  normal, dans la mesure où, tout ce que j’avais fait, c’était chercher à m’intégrer de toutes les manières possibles et imaginables. J’avais fait des démarches, travaillé, étudié, accepté le tirage d’oreille (littéral) (quand j’étais étudiante), le harcèlement moral, les salaires de misères, le bore-out (ce mot n’existait pas à l’époque où je l’ai connu), les entretiens par téléphone, supprimé mon diplôme de mon cv pour avoir plus de chances, etc…Et tout ça pour quoi? Pour rien, pour me sentir comme une merde. Ma confiance en moi? Morte et enterrée. Mes seuls péchés? ne pas rentrer dans les cases et avoir une santé plus fragile. En résumé, il y a toujours eu quelque chose chez moi qui a fait que ça ne colle pas.

Mon sevrage catastrophique m’a éloigné (physiquement, psychologiquement, cérébralement) du monde du travail pendant deux années entières (j’étais trop mal) et lorsque la question de retrouver une nouvelle occupation professionnelle s’est reposée, j’ai senti que je ne pourrais plus jamais rentrer dans un parcours classique. J’étais, je suis dégoutée. J’ai aussi compris  que notre éducation (école+maison+ blablas politiques) fait que tous, nous vivons sans réfléchir, comme des moutons obéissants qui acceptent des choses inadmissibles. Tout ça, pour un salaire. D’ailleurs, pour la plupart, il est, tout à fait, inenvisageable d’imaginer une autre voie que celle du boulot qu’on n’aime pas mais qu’on fait quand même parce qu’on doit pouvoir payer nos loyers, nos factures et un poil plus, si on a de la chance .

Alors, je ne sais pas qu’elle est la trajectoire à suivre (je la cherche mais ne l’ai pas encore trouvée ) pour parvenir à sa juste place et gagner des sous (le nerf de la guerre, n’est-ce-pas?). Je sais juste que moi, ce n’est qu’à partir du moment et seulement du moment où j’ai été contrainte de me poser pour sauver ma peau et ne plus penser boulot que j’ai commencé à m’écouter et à me lancer dans des projets qui me plaisaient vraiment .

Je trouve ça triste qu’il faille en arriver là mais je me sens chanceuse d’avoir réussi à sortir de l’ancien schéma. Malheureusement, le problème suivant se pose: je vis dans un système en déclin mais toujours dominant, à l’heure actuelle, et je suis bien consciente qu’ à moins de gagner à la loterie (faudrait déjà jouer), il arrivera un jour (pas très éloigné) où je devrais me plier à certaines règles qui me rebutent pour pouvoir continuer à payer mon loyer, mes factures et un poil plus, si j’ai de la chance.

Je vais être honnête: je n’en ai pas envie et je ne me sens pas capable de retourner au point « galère ».

Alors, je reprends la formule du titre et j’ajoute: »Le travail, c’est la santé, peut-être, mais à ce prix-là, je n’y crois pas. Les projets qui nous tiennent à cœur, ne pas rester à rien faire, c’est la santé…mais se « prostituer » pour quelques euros? Non, vraiment, je n’y crois pas.

 

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12 réflexions sur “Le travail, c’est la santé …

  1. Pour ma part j’ai envisagé une autre voie pour finir par faire un travail qui paye le loyer, les factures et nous assure à mon fils et moi une vie sereine de ce côté là.
    Tout dépend de nos parcours de vie, de nos choix. J’aime lire les témoignages de personnes qui font ce qu’elles aiment. C’est porteur d’espérance je trouve.
    Sans enfant, je me permettais plus de choses. Je continuais à croire en ce travail passionnant fait pour moi.
    Aujourd’hui, je n’ai pas fait un trait dessus, je pense que d’ici quelques années je me réorienterais. Mais pour le moment je me satisfait de ce que j’ai. Il y a des jours sans. Puis des jours où je me dis que j’ai de la chance quand même.
    Je crois que le monde bouge, la société change et que dorénavant de plus en plus de personnes choisissent des voix « à contre courant ». C’est bien et essentiel.

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    1. J’imagine que si je n’avais pas eu mes soucis de santé, j’aurais fait exactement comme toi …mais le temps-plein n’est plus envisageable depuis bien longtemps.
      Pour ma part, j’aime lire les témoignages de gens qui ont eu des débuts difficiles dans la vie et qui s’en sortent (je les appelle: « les fleurs qui grandissent dans les poubelles »). Et pour ce qui est du contre courant, je suis tout à fait d’accord avec toi. Je le remarque aussi.
      Belle semaine à toi. Bisous

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  2. C’est « marrant » : on parlait des boîtes françaises de jeux vidéo qui payent des clopinettes leurs employés parce qu’ils « font un boulot qui est leur passion » hier soir avec le barbare… On était assez d’accord pour dire que le monde du travail (en tout cas ici et en France) prend vraiment les travailleurs pour… euh… de la crotte ? Perso, je trouve qu’à une époque où tout le monde parle de « bien-être » au travail, les employés sont vraiment « maltraités »…
    Belle journée

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    1. Moi, je ne mets pas de «  » à maltraités. C’est vraiment ce qu’il se passe. En mon humble avis, il n’y a que les pays scandinaves qui ont un modèle de société plus respectueux de l’humain et je ne connais pas tous les détails. Moi qui ai principalement connu le modèle belge et l’espagnol, je dirais que c’est simple: en Belgique, j’ai vécu des trucs totalement illogiques, comme ces refus de m’engager parce que j’étais trop diplômée alors que j’acceptais de gagner moins…et en Espagne, on te prend, c’est pas le souci mais alors quand tu touches 975€ pour un temps-plein et qu’on considère que c’est un bon salaire, tu te poses des questions. Je pense d’ailleurs que la situation s’est encore aggravée depuis la crise. Bref, y’a du boulot!

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    1. Je crois que quand on vit de la vraie mer.., on ne peut pas retourner en arrière dans notre manière de pensée …Tant pis si je passe pour l’anarchiste de service, je ne peux plus faire autre chose que d’être moi. Je suis trop lucide, je crois. Parfois, j’aimerais être un mouton (c’est plus facile) mais c’est juste impossible pour moi. Courage pour la suite 😉

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  3. Tiens, tiens… Une traductrice belge ! Par curiosité, tu as fait quelle école? (J’ai fait l’ILMH il y a bien longtemps)
    C’est vrai ce que tu dis sur le marché de la traduction freelance, certaines agences ne se gênent pas de proposer des clopinettes. Il faut être sélectif, cibler les clients sérieux et prendre le temps d’examiner les offres qu’on reçoit avant de les accepter. Ça peut être difficile au début, mais avec le temps et l’expérience dont on peut se prévaloir au bout d’un moment, ça devient de plus en plus facile de trouver des clients sérieux, disposés à payer le prix qu’il faut pour un travail de qualité. Bon courage 🙂

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    1. Je me permets de revenir après avoir relu ton article plus attentivement…
      J’ai juste envie de te dire que nous avons un métier qui nous offre la possibilité d’être indépendantes et ça, c’est une grande chance ! Certes, les inconvénients existent: c’est un métier à la fois solitaire et sédentaire, et les revenus ne sont pas toujours réguliers, mais je ne me verrais pas travailler autrement. J’ai traversé aussi une dépression il y a quelques années et je me rends compte que si j’avais été salariée à l’époque, je n’aurais probablement pas pu le gérer. En revanche, le statut d’indépendante m’a permis de lever le pied quand j’en avais besoin.

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    2. Je pense que pour pouvoir juger d’une situation, il faut mieux la connaître. Je ne suis pas une jeunette qui vient de débuter. J’ai eu mon diplôme en 2005. J’ai eu des tas de soucis de santé depuis mes 11 ans qui font que pour moi, c’est plus difficile que pour les autres. Le freelance, c’est très bien si on a l’énergie et je sais que c’est un métier dont il est difficile de vivre même quand tout va bien. Cela dépend aussi des langues que l’on a étudiées, de qui on connait dans le milieu et je vais peut-être te surprendre, de l’origine de ton nom de famille. J’ai personnellement choisi l’espagnol et l’anglais mais mon nom de famille est espagnol. Je n’ai été contacté pour l’anglais qu’une seule fois.
      Je trouve aussi qu’il est difficile de prendre le temps pour sélectionner les projets quand au début, on n’en reçoit pas des masses (il faut être sincère) et qu’il faut payer les factures. Je ne sais pas l’âge que tu as mais j’ai lu que tu avais de grands enfants, par conséquent, j’imagine que tu es plus âgée que moi et la situation du monde du travail a, énormément, évolué en négatif ces dernières 10-15 années.

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      1. Manifestement je t’ai froissée et j’en suis désolée. Ce n’était pas du tout mon intention, au contraire ! Je te souhaite de réussir, quel que soit ton choix professionnel. Bon courage 🙂

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      2. Je pense qu’on ne peut pas s’exprimer n’importe comment virtuellement. Il faut davantage enrober les choses. En plus, c’était la première fois que tu commentais et tu ne connais pas mon parcours. Des jugements, j’en ai reçus à la pelle, je n’en avais pas besoin de, ce qui m’a semblé être, un autre. Dommage donc

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