Les expressions qui m’exaspèrent quand on parle maladie …

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Dans la liste des expressions qui me gavent, il y a aussi celle-là: il/elle se bat/s’est battu contre la maladie et est décédé/s’en est sorti.

Alors pourquoi, elle me gave? Parce que sérieux, est-ce qu’on se bat contre la maladie? Et puis, ça veut dire quoi se battre contre la maladie? Au mieux, on se fait « seulement »  opérer…Au pire, on se fait opérer, on  « reçoit » chimio, rayons, transplantation, rééducation . A moins que « se battre » veuille seulement dire « accepter de suivre un traitement » ce qui, soit dit en passant, font genre 95% des gens atteints par le cancer et d’autres saloperies.

Personnellement, comme tout enfant, je n’ai pas eu mon mot à dire. Il allait de soi que j’allais avoir droit à la fameuse chimio. J’ai subi l’action, comme on dit.  Point. J’allais à l’hôpital, je recevais ma dose, je vomissais mes tripes, rentrais à la maison, y restais quelques jours, quelques semaines et recommençais. Ma vie, ça a été ça, pendant neuf mois. Je n’avais pas le temps de penser et cette expression-toute-faite me laissait pantoise. Je me demandais: c’est comme ça qu’il faut se battre? est-ce que je me bats bien? Je ne comprenais, vraiment, pas où les gens voulaient en venir lorsqu’ils l’utilisaient. En vérité,  il n’y avait rien d’autre à faire que de subir. Elle était là la vérité.

En fait, j’irais même jusqu’à dire que ça se passe comme au loto. C’est toi et ta chance. Dire qu’il faut se battre contre la maladie/qu’il/elle s’est battu contre, est abstrait, débile et surtout, culpabilisant. Culpabilisant car ça pourrait vouloir dire que si on est mort, c’est qu’on ne s’est pas bien battu. Pas comme il le fallait ou pas assez, en tout cas. C’est stupide.

J’ai vu tellement d’enfants souffrir le martyre  qui, malheureusement, ne sont plus là pour témoigner. J’ai entendu tellement d’histoires de petits bouts de cinq ans qui disaient « stop » parce qu’ils n’en pouvaient plus et qu’ils préféraient « partir ».

Les mômes sont les plus doués pour la vie. Ils sont insouciance, motivation, joie, curiosité.  Nos gamins ne pensent jamais que la mort va leur tomber dessus…sauf quand ils sentent qu’elle est là, pas loin. Ce sont les premiers à vouloir mettre le crabe au tapis, K.O et pourtant, même eux, et c’est inconcevable, inimaginable, dégueulasse, finissent par renoncer quand arrive le moment où ils n’en peuvent plus et sentent (les enfants sentent tout, ne l’oublions pas) qu’il n’y a plus rien à faire.

Alors, please, réfléchissons et arrêtons d’utiliser cette expression à la con.

Et j’allais oublier le fameux « Il est mort des suites d’une longue maladie », sans citer laquelle. Ohé, ohé, c’est la honte de citer le nom? Si  t’es malade, ça veut dire que t’es qu’un faible, c’est ça? Non mais sérieux, n’importe quoi ! Faut arrêter avec le politiquement correct et les « tabous » là où ils n’ont pas lieu d’être.

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27 réflexions sur “Les expressions qui m’exaspèrent quand on parle maladie …

  1. d’accord avec toi ! Comme l’expression  » a été courageux jusqu’au bout »… Une maladie, c’est une maladie, chaque humain la vit passablement pareil : en subissant.

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  2. J’étais curieuse d’avoir ton point de vue là-dessus et je le comprends complètement… Mais… je ne suis pas tout à fait d’accord. Mais c’est un exemple très perso (je ne juge pas hein). J’ai un burn out pour l’instant. Diagnostiqué depuis octobre 2016. Ben en ce qui me concerne c’est un combat. Cela a été un combat pour me lever le matin, pour bouger, pour passer un simple coup de fil, pour avouer que j’étais malade. Pour me l’avouer à moi-même aussi. Pour faire ce qu’il faut pour aller mieux. Pour continuer à vivre aussi à un moment. Je ne trouve pas que l’expression de se battre était débile en ce qui me concernait… et quand je vois l’état de mes « copains » de la thérapie de groupe. Ben je fais le même constat. Je crois qu’on vit tous les choses différemment. Une maladie est une maladie, certes. Il y a clairement du « subi » là-dedans. Et c’est encore pire pour un enfant je pense. Mais ne fût-ce que aller à son traitement, prendre ses médocs, en être malade encore plus… pour moi, c’est un signe de combat. Certains arrêtent leur traitement. Ma maman a eu un cancer en 2001. Elle a été au bout du bout, voulant à un moment tout arrêter tellement le traitement était lourd. Mais elle a choisi de continuer. En ça, c’était un combat et on était à ses côtés pour l’encourager, la soutenir…
    Voili, voilà, mon humble avis sur la question 🙂 Belle journée 🙂

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    1. Il n’y a pas de souci. Mon but n’est pas que tout le monde soit du même avis, sinon ça ne rime à rien 🙂 Je n’ai pas parlé des maladies psycho parce que je suis d’accord avec toi. J’ai eu une dépression très lourde il y a 10 ans et je fais de l’anxiété (beaucoup moins maintenant) depuis toute petite, et là, oui, je trouve que c’est un combat, vraiment. Choisir les armes avec lesquelles se battre, tenir sur la longueur, ne pas se décourager quand il y a un coup de mou…je suis tout à fait d’accord…La différence c’est que quelque part, tu as la garantie (sauf exceptions) que ton boulot acharné va porter ses fruits…alors que lorsque tu souffres d’un cancer, quoi que tu fasses, tu n’as pas le contrôle et tu ne sais jamais si la bête va revenir ou pas…c’est pour ça que je trouve que l’expression n’est pas appropriée…J’espère que ta maman s’en est sortie. Belle journée à toi aussi 🙂

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      1. Oui, maman s’en est sortie… Merci à toi
        Ben tu vois, là, ma grosse inquiétude, c’est justement, de retomber dedans… j’en arrive à un point si je me demande si je vais sortit durablement de ce BO… Mais ma psy dit que c’est normal… alors ça me rassure un peu…

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      2. Il y a beaucoup de hauts et de bas et les bas sont très bas en général mais de moins en moins au fur et à mesure…J’ai une amie qui a fait un burn-out début 2015 et elle commence vraiment à s’en sortir, et pourtant, c’était pas gagné (elle était très très négative). Courage 😉

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  3. j’avais justement un article qui n’a jamais été fini sur cette expression « il se bat/s’est battu »…je trouve ça en plus hyper culpabilisant pour le patient qui ne s’en sort pas. ça veut dire quoi? qu’il ne s’est pas assez battu? Comme s’il avait échoué? Alors qu’en définitive c’est juste un concours de circonstances qui font que l’on guérit ou pas…
    merci pour ce témoignage!

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  4. Oui tout à fait d’accord étant moi même en burn out depuis février 2017 c’est un vrai combat mais pour moi la maladie n’est pas le même combat il est beaucoup plus dur traitement plus agressif malgré que j’ai bcp de mal à m’en sortir étant également très négative manque de confiance renfermee ce n’est vraiment pas le même combat et je pense que les chances de nous en sortir de ce burn out est je pense pas du tout équitable envers les maladie même si cela en est une mais différentes

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  5. oui bannissons les expressions à la con.
    Dans ton post tu dis que certains petits bouts préfèrent partir. Ils ne sont pas « partis » ils sont morts tout simplement.
    C’est ça l’expression juste.

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  6. Elisa, je ne peux que te conseiller la lecture d’ouvrages spirituels sur l’origine des maladies (un bon début serait la symbolique du corps humain par Annick de Souzenelle), si tu ouvres ton champs des possibles à autre chose que le hasard tu auras peut-être une autre opinion sur la façon dont consciemment ou pas on peut en effet combattre une maladie. Pour le reste je suis d’accord avec toi qu’il faut impérativement nommer les choses et arrêter de se planquer derrière la novlangue médicale. Bien à toi. Christophe.

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  7. Je vous avoue avoir été surpris par votre point de vue et si je le comprends, je le trouve un peu trop défaitiste et il laisse de côté des éléments psychologiques et mentaux qui me semblent importants.
    Je m’explique, vous avez entièrement raison sur l’aspect subi de ce type de maladie, mais en ne s’intéressant et se concentrant que sur cela, vous oubliez d’une part que c’est dans la nature humaine que de créer une construction mentale qui nous permettent de regagner ou d’avoir l’impression de regagner, le pouvoir sur une maladie. C’est plus facile de se formaliser dans un vocabulaire combattif avec un adversaire défini que de se dire que l’on doit entièrement laché prise et qu’il n’y a peu ou pas à faire contre la maladie si ce n’est un traitement.
    L’idée est aussi de jouer sur la force de l’auto-persuasion (effet placebo dans une certaine mesure j’entends) qui pousserait par notre volonté, notre corps à se dépasser.
    C’est pourquoi, je trouve dommage que vous vouliez vous écartez de ce vocabulaire pour lui soustraire une vision fataliste et déterministe.

    P.S. Le nom de l’article dans le Huffington Post ne rend pas hommage à vos propos, pire il incite le lecteur à avoir une vision négative de l’ensemble, celui de votre blog est bien plus adapté !

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  8. « Se battre » contre cette maladie ? Oui on décide de se battre et de gagner « ce combat » lorsque l’on dit STOP, ça suffit je suis fatigué et qu’on laisse nous laisse partir serein. J’ai vu cela sur le visage de mon fils lorsqu’il est parti et c’est la première chose qui m’ait venue à l’esprit « Cette tumeur ne fera plus de dégât, mon fils l’a éradiquée »…

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  9. Merci pour cette petite lecture matinale! Actuellement en chimio pour un cancer du sein (diagnostiqué novembre 2017 8 jours après mon accouchement 😑 merci le timing…) j’ai justement dit de cette expression avec une dame en traitement chimio avec moi sur cette expression « se battre contre » elle me disait les gens autour de moi me disent ça et on trouve ça con….et ben moi pareil je pense comme toi qu’on subit la chose le traitement etc…la seule chose pour laquelle on peut considérer se battre C’est de garder le moral malgré tout et essayer de vivre le plus normalement possible

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  10. Coucou!
    Je m’appelle Marine, je me permets d’intervenir (avec beaucoup de bienveillance 🙂 ).
    Je ne suis pas malade moi-même mais j’ai vécu avec 2 personnes lourdement handicapées par leurs pathologies respectives.
    Je suis à moitié d’accord avec toi: je pense qu’en effet, on ne décède pas d’un cancer « juste » parcequ’on a pas décidé de se battre. Il y a une part de facteurs génétiques, médicaux, de timing, de réaction aux traitements etc…sur lesquels on ne peut malheureusement pas toujours agir.

    Je pense en revanche qu’on ne se remet pas d’un cancer si on ne l’a pas décidé; je bosse dans le milieu médical, et je suis ahurie de constater à quel point le moral et le désir de s’en sortir va systématiquement de pair avec une guérison. Je ne saurais pas très bien expliquer pourquoi, mais je sais qu’on constate clairement cet état de fait dans les services. L’interaction entre moral et santé physique se traduit directement sur le corps (par exemple, on sécrète plus de cortisone quand on stresse, laquelle a un effet sur notre glycémie etc..)

    Qu’en penses-tu?
    En tout cas je trouve chouette d’aborder ces versants de la maladie (la façon dont on dit les choses, dont on est perçus, la façon d’aborder une maladie en société… on ne parle pas assez de ça.) ici.
    Merci pour ton article 😉

    Marine

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    1. Merci pour ce partage. Je pense qu’il y a une grande différence entre tomber malade enfant et adulte. En tant que petite fille de 11-12 ans à l’époque, je n’ai jamais pensé à la mort à partir du moment où la docteure m’a dit que j’allais m’en sortir. En revanche, jamais je ne me suis jamais sentie me battre. J’ai cru juste comme fer à ce qu’on me disait. ça s’est pour la partie physique parce que pour la partie psycho en a beaucoup plus pâti à partir du moment où j’ai été déclarée en rémission et que les gens qui étaient là pendant le pire, ont disparu avant le meilleur…Un mal-être a commencé à se développer chez moi, au point que je voulais retourner à l’hôpital pour qu’on s’occupe de moi…Et pourtant, je suis toujours là…
      Évidemment que je crois qu’un bon moral aide mais il ne détermine pas, seul, la guérison 🙂

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