Comment j’ai surmonté ma dépression? #3 La culpabilité de s’en être sortie vivante

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Dans mes précédents articles sur le sujet, je vous ai parlé de comment j’avais appris à m’écouter et de l’arrêt des médicaments. Celui-ci et les suivants seront consacrés au sentiment de culpabilité dévorant que j’ai éprouvé pendant près de 20 ans. Je vous assure que s’ils avaient mis une photo à côté du mot « culpabilité » dans le dictionnaire, ça aurait été celle de ma tête, tant ce sentiment était puissant chez moi.

Pour plus de clarté (et parce que je me suis rendue compte en commençant à rédiger que le texte allait être bien trop long), j’ai décidé de diviser cette partie en plusieurs sous-parties.

Celle-ci sera consacrée à la culpabilité de s’en être sortie vivante.

Lorsque je suis tombée malade, les infirmiers et l’entourage m’ont vite fait comprendre que j’étais trop grande pour me plaindre, que je devais tout supporter parce que parmi les enfants, j’étais dans les plus grands.

Ce  message a eu des conséquences dramatiques sur ma personne. Comme autour de moi, je voyais s’éteindre des gamins que je trouvais tellement plus courageux, tellement plus lumineux que moi, je me suis mise à penser que je ne méritais pas cette seconde chance qui m’était offerte et que, visiblement, je n’avais pas reçu le mode d’emploi de la vie. Oui, rien que ça.

Ce sentiment, je l’ai ressenti très fort jusqu’à 26-27, voire 28 ans. A 27 ans, j’ai commencé une thérapie et ma psy (une pro vraiment bienveillante et généreuse, je tiens à le souligner) m’a fait comprendre que je souffrais d’un syndrome post-traumatique jamais diagnostiqué et par conséquent, jamais traité. J’ai accepté son diagnostic et ai commencé à parler de ma maladie plus facilement (jusque-là, j’en avais fait un véritable tabou). Cependant, je me suis vite aperçue qu’il manquait quelque chose à ce diagnostic parce que d’accord, j’en parlais plus facilement mais je continuais à me sentir coupable d’avoir éprouvé un mal-être et d’avoir fait une dépression alors que j’avais réussi à me sortir d’une maladie très très mortelle.

En 2016, la chance ou la providence, je ne sais pas, ont mis Magalie Mertens du blog vie et cancer sur mon chemin. Magali, c’est une fille qui a attrapé un cancer des glandes salivaires (oui, oui, ça existe) alors qu’elle avait tout juste 30 ans et était, vachement, enceinte. C’est une fille qui comme moi est tombée dans un espèce d’abysse après avoir terminé tous ses traitements et être déclaré en rémission. Elle, ce qu’elle a fait, c’est chercher pourquoi on ressentait ça alors que merde, vu qu’on était en rémission, on aurait du se sentir bien, non? Grâce à ses recherches, elle s’est aperçue que ce sentiment et la dépression post-traitement étaient quelque chose de très fréquents. Pourquoi? parce que lorsqu’on est en traitement, on subit, on est tout le temps le nez dans le guidon, on a 10000 rendez-vous médicaux, on est souvent très entourés. On n’a pas le temps de réfléchir à ce qui nous arrive. Or, à partir du moment où l’on est déclarés en rémission et qu’on termine la phase de traitements lourds, il nous est, non seulement, donné tout le loisir de penser mais en plus, beaucoup de gens qui étaient là pendant le pire disparaissent avant le meilleur. « Ben oui, puisque vous êtes sortis d’affaire, rien ne sert de s’inquiéter et puis, faut pas se plaindre surtout, car d’autres n’ont pas votre chance et sont restés sur le carreau ».

Un poids est tombé lorsque je l’ai rencontré et que j’ai compris que je n’étais pas la seule à avoir éprouvé ce genre de sentiments, que limite, c’était normal et plus que courant car lorsqu’on vit ce genre d’épreuves, notre vie s’en trouve transformée à jamais et il n’est pas si facile de se remettre sur des rails qui se dirigent dans la direction qui nous correspond le mieux. D’ailleurs, en ce qui me concerne, je n’avais que douze ans et pas encore les armes dont disposent les adultes pour affronter tout ça.

Je ne le dirais jamais assez:

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13 commentaires sur « Comment j’ai surmonté ma dépression? #3 La culpabilité de s’en être sortie vivante »

  1. Je comprends tellement mieux ton vécu…tout me paraît plus clair et plus logique, car oui, c’est tellement logique de sombrer une fois qu’on se retrouve seul. Bravo pour ton cheminement. Et vive les psy bienveillants et compétents.

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  2. Les phrases des professionnels de santé me choquent également. Il n’est pas étonnant à mon avis de vivre cette culpabilité, le reste du monde voudrait qu’en un clin d’œil tu ailles mieux, que tu oublies. Ce n’est pas aussi simple que cela.
    Je suis contente qu’ensuite tu ai rencontré des personnes bienveillantes et à l’écoute Elisa.
    Merci pour tes partages sur ce thème délicat

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    1. Je pense que si j’avais été adulte, ça aurait tout à fait différent car j’aurais déjà eu une personnalité construite. Je n’aurais plus été à la merci d’adultes omnipotents. Ma mère éprouve également encore beaucoup de colère vàv du personnel médical et elle s’en veut d’avoir été aussi naïve, d’avoir laissé faire (on français était moins bon et elle n’était pas toujours capable d’argumenter). La vérité c’est qu’ils agissaient parfois quand les parents n’étaient pas là car ils pouvaient alors en « profiter ».

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  3. J’ai eu cette culpabilité du survivant alors que c’est mon fils qui est malade… Quand il est sorti des grosses phases de traitement à l’hôpital pour rentrer chez nous, j’ai pensé aux autres familles qui n’avaient pas cette chance, aux autres enfants toujours enfermés…
    Alors je comprends complètement pour quoi tu as porté cette culpabilité si longtemps… j’espère que tu es arrivée à ten détacher.
    Bisous

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    1. Je pense qu’il est important de se faire accompagner pendant la « sortie de ce tunnel ». Je ne l’ai pas été à l’époque et il m’a fallu 20 ans pour sortir complètement de cette culpabilité. Mais oui, j’en suis sortie. Quel âge a ton fils?

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      1. Je me demande justement ? Je ne sais plus dans quel article tu parles de la mémoire du corps? Je ne pense pas que tu puisses passer 9mois de ta vie hospitalisé à subir les traitement comme tu l’as si bien dit et ne pas avoir de séquelles? Merci pour ton article en tout cas! Je te trouve super courageuse

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      2. Je ne sais pas ce qu’il en sera pour ton petit garçon. Je n’ai rencontré personne qui avait été malade enfant depuis que je suis sortie de cet enfer. Alors, la mémoire du corps c’est sûr. Je pense que ton fils n’y échappera pas mais pour la partie psycho, s’il est bien entouré, je pense que ça devrait aller. Si tu veux discuter en mp, n’hésite pas. Bisous. Elisa

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