Un lundi soir dans le noir …

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Il est 23 heures. Le spectacle est terminé. Je m’apprête à rentrer à la maison.

Seule. Oui, seule.

Il pleut. C’est la nuit. Il fait sombre. Très sombre.

Je ne suis pas tranquille. Pas tranquille.

J’ai le choix entre un raccourci où il n’y a pas un chat et une large avenue illuminée. Je prends la large avenue, bien sûr. Bien sûr.

Il y a encore des gens . Un groupe de filles. Je me colle à elles. Du moins, autant qu’elles me laissent. Qu’elles me laissent.

J’essaye de me faire toute petite.

J’arrive à la station de métro. Il y a des clochards avec ou sans chien, avec ou sans canette de bière et des migrants assis parterre.

J’accélère. J’accélère.

Par chance, l’arrêt est bondé.

On ne me verra pas. Non, on ne me verra pas.

J’attrape le métro, descends pour prendre mon bus. Il n’y a personne. Pas même les gardes.

Je me cache. Oh oui, je me cache.

Je vois ma voisine. Je me mets près d’elle. Je ne l’aime pas mais au moins à deux, on sera mieux. Forcément, oui, on sera mieux.

Le bus arrive. Je monte. On dénombre dix passagers. Huits hommes, deux femmes.

Je me trouve une place, sors mon smartphone, mes écouteurs. Et je m’envole. Je disparais.

Cinq arrêts plus tard, je suis chez moi. Heureusement, mon immeuble n’est pas très loin. Pas très loin.

Je pique un dernier sprint et m’y voilà.

Il est 23h42.

Ouf, encore un soir où il ne s’est rien passé. Non, rien passé.

Et pourtant, j’avais la peur au ventre. Et pourtant, je suis soulagée. Et pourtant, je suis habituée.

 

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4 réflexions sur “Un lundi soir dans le noir …

  1. Ca me rappelle quand j’habitais Lyon. J’avais la même peur au ventre que toi.

    Sauf que moi, c’était le samedi matin car ce jour-là, je devais être dans la rue et dans le premier métro à 4h30, le matin pour commencer mon service à 5h.

    Pendant quelques mois, je n’ai pas voulu céder à la peur, je trouvais ridicule d’avoir si peur : les chances étaient quand même hyper minces qu’il m’arrive quelque chose, non ? Dix minutes de marche, dix minutes de métro, j’allais survivre. Les personnes que je croisais étaient souvent éméchées, elles badinaient un peu sur mon passage mais ça allait et c’était pas systématique.

    Puis un matin, un homme a fait du forcing pour que je monte dans sa voiture. J’étais toute seule, coincée contre la grille du métro qui était encore fermée, aucune porte de sortie. Le bras de fer à duré 15 minutes, j’ai eu la peur de ma vie. A partir de ce jour, j’ai pris ma voiture pour aller au travail tous les samedi matins, et j’ai arrêté de penser que c’était con d’avoir peur.

    Aimé par 1 personne

    1. ça a du être horrible ce que tu as vécu. Personnellement, je me suis faite agressée avec mes deux cousines alors qu’on rentrait de boite il y a 20 ans!!! Le gars avait un couteau et nous a volées ce qu’on avait.
      A Bruxelles, je ne suis jamais tranquille. Par contre, il y a des villes où je n’ai pas cette peur même à 4h du matin. C’est totalement subjectif parce qu’il peut arriver quelque chose partout et nulle part à la fois.

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  2. Comme tu le dis tout dépend des villes. A Dublin on pouvait rentrer à n’importe quelle heure sans souci. A Paris , je me sens en sécurité, en banlieue, un peu moins. Il y a quelques années, j’ai été suivie par un homme en rentrant chez moi, en plein hiver, vers 21h30. Il est descendu au même arrêt que moi. Je longeais les immeubles très vite, il marchait aussi vite. Sur la dernière ligne droite je courrais, angoissée à l’idée de ne pas me souvenir du code de la porte d’entrée. J’ai juste eu le temps de l’ouvrir et de la fermer. Je me souviens juste de son regard menaçant derrière la vitre.
    C’est le genre de souvenir qui ne te laisse pas tranquille. On est sur ses gardes tout le temps dans ces moments là. C’est une triste réalité je trouve.
    Que tu écris très bien, la peur, la présence d’autres filles, se cacher, ne pas se faire remarquer, gérer sa peur…

    Aimé par 1 personne

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