Mauvaise conscience

challenge-écriture-#1Ceci est ma première participation au challenge écriture de l’atmosphérique Marie Kléber.

« Il vivait dans l’extra, il vivait dans l’extrême. Il était un collègue. Il était un ami. Un pointillé de sagesse dans un bouillon de générosité, de folie douce et d’empathie ».

Il était tout ça. Et puis, plus. Peu à peu, il s’était éteint. Il avait changé et personne ne savait pourquoi. Depuis quelques temps, il était distant, taciturne, absent. Il ne disait rien et devenait l’ombre de lui-même.

Pour tenir le coup, il s’adonnait à une activité, pour le moins, banale dans ce genre de contexte(s). Il buvait. Beaucoup. Pourtant, il s’était juré qu’on ne le reprendrait plus au jeu de la cuite, que c’était ça le problème chez lui, que boire lui faisait perdre le contrôle. Malheureusement, c’était un homme faible et il n’avait pas résisté longtemps à l’anesthésie induite et au bien-être factice que lui apportaient ses substances enivrantes favorites.

D’abord, il avait recommencé le samedi quand il ne travaillait pas et puis de fil en aiguille, le dimanche après-midi, le mardi soir après le boulot et pour finir, tous les autres jours.

Les autres chauffeurs le voyaient déambuler, rarement tituber et préféraient ne pas l’embêter avec ça dans la mesure où il restait un excellent conducteur. D’ailleurs, ils se disaient que s’ils ne le connaissaient pas aussi bien, ils n’y auraient vu que du feu car avec les clients et fournisseurs, il parvenait toujours à donner le change . Tous croyaient qu’il lui était arrivé quelque chose d’horrible et étaient loin de se douter que c’était lui qui s’était rendu coupable d’un acte aussi atroce que barbare.

Il avait essayé de se confier. De nombreuses fois. Mais ce n’était jamais le bon moment ou la bonne personne.

Sa sœur lui avait conseillé un psychologue et sa neutralité. Lui, il pensait à la police. Cela dit, il se sentait trop coupable pour accepter la suggestion et trop lâche pour partir voir les flics. Le mieux dont il avait été capable, c’était de s’excuser. Il avait dit qu’il aurait voulu que ça se passe autrement, qu’il ferait n’importe quoi pour pouvoir revenir en arrière, qu’il voulait réparer ce qui était encore réparable.  Il avait présenté ses plates excuses et elles lui avaient été refusées. Il faut dire que ses actions étaient, difficilement, pardonnables.

Sa mauvaise conscience le consumait et se saouler était sa seule échappatoire,  la façon qu’il avait trouvé pour dépérir moins vite.

Boire, vivoter, errer, qu’est-ce qui lui restait d’autre, de toute façon, après ce qu’il avait fait? Il avait détruit deux vies et la sienne ne tenait plus à grand chose.

 

6 commentaires sur « Mauvaise conscience »

  1. Un texte poignant Elisa.
    Il y a des destins comme ça, des secrets qu’on ne sait comment dire et la chute qui suit quand les mots restent bloqués, quand on ne voit plus d’issue.
    C’est très bien mené je trouve. On comprend entre lignes.
    Merci pour ta participation!

    Aimé par 1 personne

  2. Triste réalité malheureusement! « Il avait détruit deux vies… » J’ai deux choix pour comprendre cette fin, et je me demande laquelle choisir! 😉 J’ai beaucoup aimé lire ce texte! Bravo!

    Aimé par 1 personne

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