Journal d’une quarantaine #2

Journal d'une quarantaine
Mon garçon prend des photos de chiens qui passent à la télé, à mon insu, quand je suis sous la douche

Comme promis, je reviens pour vous partager mon quotidien durant cette période duuure et longue de quarantaine (premier épisode ici) et qui, chez nous, je viens de l’apprendre, est prolongée jusqu’au 19 avril.

Jour 9, le 22/03


Un peu d’angoisse, un peu d’ennui. Pas beaucoup de communication avec le monde extérieur sauf avec le petit que j’ai eu au bout du fil deux fois et ma mère, une fois.

Je me sens moins crevée, moins malade même si mes oreilles et ma gorge sont quand même bien irritées.

Je fais une promenade, en solitaire, au parc à côté et dans les rues voisines à mon domicile. Il fait magnifique. Le ciel est bleu azur. Le silence, assourdissant. Je n’avais jamais vu ça à Bruxelles.

J’écris beaucoup, vois la suite et fin de la saison 3 de Elite sur Netflix. J’ai toujours du mal à me concentrer. J’ai envie de commander des bouquins (dire que je suis passée à la bibliothèque l’après-midi du jour où les autorités ont décidé de nous confiner) mais je ne sais pas lesquels. J’ai peur de ne pas aimer et des surprises financières de la crise corona, d’autant plus que nos supermarchés ont utilisé l’excuse de la maladie et des tarés qui achetaient 144 rouleaux de pq pour stopper toute promotion.

Jour 10, le 23/03


Journée de hauts et de bas, de panique en regardant les news et voir le personnel médical se plaindre du manque de moyens, menacer même de ne plus se présenter à leur poste de travail si des masques et des équipements adéquats ne leur sont pas apportés.

J’ai déjà plus le cœur à applaudir et en plus, je traîne un genre d’angine depuis samedi, je n’ai donc pas envie de prendre de risques. De toute façon, j’ai plutôt envie de huer et de m’époumoner à scander des méchancetés slogans contre nos dirigeants politiques. Surtout contre la ministre fédérale de la santé qui est raciste et qui parle de la Flandre et du reste de la Belgique comme s’il s’agissait de deux pays différents. En six ans, je ne sais combien de pétitions j’aurais signées pour qu’elle se fasse virer, combien d’articles, toujours dans ce sens, j’aurais partagés sur FB …mais rien, elle reste à sa place.

Sinon, j’ai récupéré le petit vers 13 heures, à la pause de son père. Inutile de dire qu’à partir de là,  la journée devient très intense. Je n’ai plus une minute à moi. Il y a la préparation du repas, les devoirs, les jeux, la promenade quotidienne au parc (promenade fatigante car il ne nous est plus permis de nous asseoir sur les bancs), un long appel téléphonique à ma mère, quelques échanges brefs avec des amis (dieu que je n’aime pas cette façon de communiquer), le repassage.

A 20h15, je mets le petit devant un dessin animé et je décrète que la journée est finie. Je le mets au lit à 21.30 et puis, me m’écroule sur le sofa (ça devient une habitude). Je regarde encore l’édition du journal de 19.30 sur internet, un bout de film distrayant ( Le club des mamans solo sur Netflix). Je ne lis toujours rien de neuf mais compte passer une commande de livres online.

 

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Photo d’une famille de canards prise dans le parc à côté de la maison

Jour 11, le 24/03


On recommence une série de journées rien qu’à nous deux, le petit et moi.

Le moral est haut. J’ai bien dormi. Le petit ne m’a pas réveillée.

Journée où je suis assez occupée, malgré de brèves interactions avec l’extérieur.

Au téléphone, je trouve ma mère déprimée et c’est assez rare chez elle que pour s’inquiéter. J’aimerais qu’elle soit avec nous mais je sais que ce n’est, absolument, pas conseillé. J’ai, surtout, peur de comment ça va se passer la semaine prochaine à l’hôpital. Le personnel n’a pas arrêté de faire bourde sur bourde dans sa prise en charge avant le corona, alors, maintenant, ça fait vraiment peur. Ma cousine qui travaille comme technicienne de laboratoire lui a, heureusement, dégoté un masque. Quelqu’un, dans son unité, les fabrique.

Pour ma part, je continue avec les symptômes (maux de gorge et d’oreilles) de ce que j’ai moi-même diagnostiquée comme étant une angine (je refuse de penser que je puisse être victime du covid19).

Le petit est joyeux. Il ne semble pas beaucoup s’ennuyer. Pour lui, le corona ce n’est autre que « la télécommande de la nature pour contrôler les humains pollueurs… » Rien que ça.

Je crois, en tout cas, j’ai l’impression que les confinés commençons, doucement, à perdre un peu tous la boule. Nous avons été projetés dans un scénario digne d’un des meilleurs film de science-fiction et j’avoue, je crains très fort pour notre santé mentale. Avoir le petit avec moi me maintient dans un genre d’équilibre et m’épuise en même temps.

J’aurais aimé faire la positive qui ne voit que le bon côté de la chose. Oui, parce qu’il y en a toujours, c’est vrai, mais franchement, l’angoissant et le fatigant prennent tellement de place que c’est assez difficile pour moi de me concentrer sur le beau. Je me force juste à revenir le plus souvent possible au présent dans le but d’éviter de tomber dans des scénarios catastrophes plus effrayants les uns que les autres.

Jour 12, le 25/03


Journée où je me sens plutôt déprimée. Les nouvelles ne sont pas bonnes en Belgique. Les cas de covid montent en flèche. Le matériel manque.

Avec le petit, c’est très compliqué avec les devoirs. Il prend 3 heures pour faire 3 pages de calcul et tout est presque faux, alors que les mathématiques sont censés être sa meilleure matière. A part ça, je ne peux pas me plaindre. Il est toujours doux, prévenant, prêt à aider et si empathique. Il est en forme et j’en suis heureuse.

Notre sortie quotidienne (pour aller faire les courses aujourd’hui), le gentil accueil du vigile (certaines mamans solo que je connais s’étant, récemment, faites rabrouer à l’entrée parce qu’elles venaient avec leurs enfants, ça fait du bien), le coup de fil de ma maman où on a, énormément, rit de la situation, m’aident, finalement, à retrouver le moral.

J’ai également des nouvelles de mon frère de retour au front (supermarché). Il a décidé avec sa compagne enceinte de ne plus vivre ensemble le temps que la situation s’améliore pour éviter, je cite, qu’elle ne soit contaminée par les microbes qu’il pourrait rapporter du boulot.

Mon plaisir du jour: réussir à voir la 2ème partie du film que j’avais commencé quelques jours auparavant et avoir commandé deux livres (Les corps abstinents d’Emmanuelle Richard et Inés y la alegría de Almudena Grandes).

Jour 13, le 26/03


Je me suis levée très tard, aujourd’hui. Presque à dix heures. Le petit est debout depuis un moment. Il a petit-déjeuné, regardé des dessins animés.

Je m’étais couchée vers 00.30. Bien dormi jusqu’à environ 5.30 et puis, des angoisses sont venues me hanter. Le passé, le présent, le futur, toutes des questions auxquelles le confinement force à réfléchir. Des questions que l’on ignore quand on est libre de nos mouvements, qu’on s’active comme et quand on veut.

Je me suis rendormie deux heures plus tard environ.

On commence à rentrer dans un genre de routine (pesante), j’ai l’impression. Devoirs et ménage, le matin. Promenade, jeux et télé l’aprèm et en soirée. On dirait presque un vieux couple (je ris…jaune).

Je reste frustrée de ne pouvoir communiquer avec mes congénères que via téléphone ou réseaux sociaux. Ce n’est tellement pas sain, je trouve. J’ai l’impression mais je sais que je ne mesure pas ma liberté de vivre en Corée du Nord, en dictature. Je sais bien que rester à la maison est la seule solution dans nos pays mal préparés à l’épidémie. Je prends sur moi, comme je peux. Je me tiens au courant de l’évolution de la situation et apprends scandale sur scandale à propos de notre gouvernement (non-renouvellement d’un énorme stock de masques périmés il y a deux ans, par exemple). Je me sens très impuissante et comme un pion. En fait, j’ai plus jamais conscience de n’être qu’un pion. J’intègre l’idée de me trouver au tout bas de l’échelle des humains. Je ne figure pas dans les lignes de personnes citées chaque jour. Je fais partie des rebuts de la société. Je suis comma la troisième classe du Titanic, destinée à disparaître. Je ne me sens pas rebut mais c’est comme ça que je suis vue par la société. Inutile de se mentir. Mère seule qui ne bosse pas à cause de sa santé = cassos en d’autres termes. Ce qui me fait tenir c’est de me voir comme une survivante, une battante…plutôt que ça. Je vous disais que le confinement me faisait réfléchir à des choses que je n’envisage que peu…

Malgré tout, j’ai envie de croire que de cet épisode de nos vies, il en ressortira du bon. Que nous survivrons, pour commencer. Puis que la santé ne sera plus jamais considérée comme un luxe (ça me fait du bien d’entendre Onze Premier (notre première ministre) dire que le boulot c’est important mais que la santé vient d’abord). Ensuite que le télétravail se développe (unique possibilité pour moi d’un éventuel retour au travail)…Et enfin et qui n’a rien à voir, que nos différents gouvernements criminels tombent et que leurs membres soient poursuivis .

Voilà, c’est tout pour ces quelques jours. J’espère ne pas trop tarder à revenir.

 

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Derrière la grosse tête de mon bonhomme, les champs à perte de vue que l’on voit depuis le bois à côté de chez nous

 

 

4 commentaires sur « Journal d’une quarantaine #2 »

  1. Pas trop le temps de lire ni d’écrire en ce moment, mais je viens ce matin lire tes mots, quelque part parce que je sais combien cette situation peut être pesante et difficile à vivre.
    Je t’envoie de tendres pensées Elisa, entre toutes ces nouvelles et la vie de tous les jours bien chargée.
    J’espère que ta maman va et ira bien ainsi que tes proches, que vous pourrez vous voir prochainement. Et que ta santé ira en s’améliorant aussi.
    Ici les journées sont bien rythmées. Loulou fait des efforts, on peut sortir un peu dans la cour de l’immeuble. Sinon le soir je m’écroule aussi dans mon canapé. Mes contacts avec l’extérieur sont minimes, les courses une fois par semaine, ma voisine dans l’escalier de temps en temps et quelques appels.
    Je t’embrasse et plein de courage pour la semaine à venir

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  2. Bonjour Elisa,
    Je pense que ce que tu ressens est légitime. Nous sommes nombreuses à avoir ses angoisses et à se poser tout un tas de questions. Ici aussi ça devient pesant. Pourtant je ne me sens pas en droit de me plaindre, je reste en sécurité à la maison, je n’ai pas d’enfants en bas âge à gérer à la maison et je ne suis pas en télétravail. Je ne manque de rien, j’ai juste à me reposer, lire, regarder des séries … mais les interactions sociales me manquent. C’est normal, tu me diras, nous sommes des humains pas des machines. Il faut prendre notre mal en patience et prier.
    Je pense fort à toi et à ta maman.
    Je t’embrasse !
    ps : Tu vis en Belgique ou en Corée du Nord ?

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