Journal d’une quarantaine #6

Journal-d-une-quarantaine-#6

Jour 43, le 25 avril


Je suis toujours inquiète par rapport aux futurs examens médicaux que je dois faire mais ça va mieux. Vraiment rien de spécial en ce jour si ce n’est une grosse déception par rapport aux mesures de déconfinement. En bref, la vie économique reprendra son cours avant la vie sociale. Les magasins rouvriront le 11 mai et on ne pourra voir ses proches qu’à partir du 18, dans le meilleur des cas. L’école n’est pas au programme pour mon fils et heureusement, parce qu’étant donné le manque de moyens disponibles, je l’aurais, de toute façon, gardé avec moi.

Peut-être qu’il y a aura du positif à tirer de cette période mais pour le moment, j’en ai juste marre.

Jour 44, le 26 avril


Journée tranquille sans événement nouveau ou spécial. C’était dimanche mais bon, comme pour nous, tous les jours ressemblent à des samedimanches, on ne voit pas la différence…Une chose est sûre, la lassitude m’a envahie.

Le petit et moi avons été au parc et il y avait beaucoup trop de monde. Tout le monde était subjugué par les dizaines de petits canetons qui ont vu le jour il n’y a pas longtemps. Les gardiens de la paix sont arrivés avec leurs manières discutables (ils sont impolis et s’adressent aux visiteurs comme s’ils étaient des chiens) pour disperser les gens.

En soirée, j’ai regardé un chouette film polonais, the Art of loving. Le propos et la manière de le traiter m’ont fait beaucoup de bien. Le petit n’a trouvé le sommeil que vers 23h30 (il me fait ça une fois par semaine depuis le début du confinement) et je l’ai envoyé dans sa chambre lire. Certaines scènes du film n’étaient pas du tout adaptées à son jeune âge et je me suis dit que j’avais le droit à ma soirée. Il n’a pas compris et me l’a fait savoir mais il a obéi sans broncher :).

Jour 45, le 27 avril


Psychologiquement, la meilleure journée de cette semaine. Physiquement, par contre, j’ai eu un début de migraine qui a viré en mal de cou insupportable. Mon intention était de ne pas prendre d’ibuprofène parce que trop fort pour mon estomac fragile mais j’ai, finalement, du me résigner à le faire. La deuxième partie de ma journée s’en est trouvée grandement améliorée.

Jour 46, le 28 avril


Le petit est retourné chez son père et moi, je suis allée à mon rendez-vous chez la gynéco. Il n’est pas prévu que je meurs demain mais les résultats et les conséquences de la saloperie (papillomavirus) que j’ai attrapé me mettent en colère car lorsqu’il s’agit de problèmes de santé qui n’arrivent quasi exclusivement qu’aux femmes, nous manquons d’info et de moyens. J’en ai marre et je reviendrai dessus dans un prochain article (j’espère avant la fin du confinement).

A part ça, rien de spécial. Le programme est à peu près identique que toutes les autres fois où mon fils est retourné chez son père: écroulement sur le fauteuil et coups de fil.

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Jour 47, le 29 avril


Rien de spécial.

C’est le jour des courses avec port du masque (je manque de m’étouffer).

J’ai mal partout à cause de l’humidité. Je ne suis, vraiment, pas en forme. Je ne fais pas grand chose.

Je regarde toute la saison 1 et le premier épisode de la saison 2 de After life. Une série british avec un sujet pour le moins triste (deuil de l’épouse) et pourtant, hyper marrante, avec des personnages plus cocasses les uns que les autres.

Jour 48, le 30 avril


Un genre de routine s’est installée, je crois. Je commence même à me demander comment on va revenir à la vie d’avant. En fait, le but c’est de ne pas y revenir. Les gens se rendent enfin compte que la vie qu’ils vivaient, pue. Que courir partout, tout le temps, n’a aucun sens. Que les professions les plus négligées, les moins considérées sont, finalement, les plus importantes. Etceteri, etcetera…Il serait temps de passer à l’étape suivante: la manif, les révoltes, la révolution si nécessaire…Si je m’écoutais, je descendrais déjà dans la rue…mais seule, euh, à quoi ça servirait? Nous sommes tellement obéissants et dociles face au confinement. Vous savez, il y a 2 mois, si on m’avait dit qu’on resterait enfermés autant de temps, je ne l’aurais pas cru. Je ne pouvais pas l’envisager. Les Chinois sortaient doucement du leur, de confinement et je n’arrêtais pas de demander: « Mais comment ont-ils pu supporter? Ben, force est de constater que les Chinois, maintenant, c’est nous.

Jour 49, le 1er mai


Un mois complet de confinement. En mars, on l’a commencé quasi à la moitié mais avril, on l’a fait en entier…Je n’y crois, encore, qu’à moitié.

Lundi, notre déconfinement surréaliste va être entamé. Peu de choses vont changer, en réalité, c’est surtout le BtoB qui va trinquer et la possibilité de faire du kayak (je crois que c’est ce qu’on retiendra le plus en Belgique, le kayak à partir du 4 mai) qui va nous occuper. Pour le reste, j’avoue avoir du mal à raconter ce que je fais car des choses, j’en fait, sans arrêt mais rien de vraiment, rentable, rien de visible pour les autres…J’imagine que dans un an, quand je l’espère tout sera revenu à la normale, j’arriverais à voir l’impact de travail de fourmi d’aujourd’hui…

Jour 50, le 2 mai


Bon ben, on est à 40 +10. C’est la quarantaine sans fin, à vivre le même jour encore et encore.

Je suis même perdue dans ce que je ressens. Le calendrier a de moins en moins de sens à mes yeux. Je sais juste que je vieillis et ça ça me plaît moyennement parce que ce temps, je ne le mets pas à profit (beuh, c’est moi qui ai écrit le mot « profit »?). J’ai l’impression d’être anesthésiée, que le fait de ne plus avoir vu mes pairs depuis si longtemps font qu’ils ne me manquent plus et cette dernière chose m’inquiète parce que je ne suis pas comme ça normalement. Mais il est vrai que je ne peux plus dire: j’ai hâte de …car ce serait un mensonge. Je n’ai hâte de rien.

Le 13, j’allais partir en voyage, avec deux très bonnes amies et je crois que ce n’est qu’un événement de ce type qui pourra casser ma monotonie (je sais, ce ne sera pas pour le 13 mai).

En fait, il n’y a que mon fils qui me raccroche au temps qui passe. Ses allers-retours  marquent ma ligne du temps personnelle. Je sais, d’autres personnes sont, complètement. Je me demande comment elles. Y’a de quoi devenir zinzin.

Jour 51, le 3 mai


Je soupçonne qu’il y aura du positif à trouver dans cette période (si jamais elle se termine un jour) mais je sais aussi qu’on est encore trop dedans et qu’on n’est pas en mesure de l’apprécier.

Le lien avec mon fils est, extrêmement, intense et épuisant. Ce n’est pas qu’il n’était pas bon avant mais là, il est carrément devenu fusionnel. En fait, ses deux amours, ce sont sa chienne et moi. Il est passionné par nous car en dehors de son père et nous, il ne voit personne. Je suis contente qu’il ait l’âge qu’il ait parce qu’il est déjà, en partie autonome et qu’en même temps, il n’est pas assez grand pour avoir, pleinement, conscience de tout ce qui se passe. Il a encore de bons moments d’insouciance. Je remarque qu’il est de moins en moins inspiré pour le dessin, qu’il révèle parfois une agressivité qu’il avait rangé au placard depuis ses quatre-cinq ans mais qu’à part ça, il semble s’accommoder de la situation. L' »après » risque d’être plus compliqué, avec le retour à l’école, le fait de devoir réapprendre le lien (pour lui qui est déjà si solitaire et introverti). J’avais eu très peur, pour lui, en novembre lorsqu’il avait commencé à faire ses attaques de panique mais je crois que sans régler le problème, nous avons réussi à le juguler. Et puis, il me voit en forme (je ne lui fais savoir que ce que je veux bien, évidemment), ma mère lui dit que ça va (ce qui n’est pas le cas) et il est trop petit pour douter si on lui dit  que tout va bien, l’air convaincues.

En ce qui me concerne, je tente de rester vigilante, de me fier à mon instinct et de lâcher prise quand je le peux.

Journal-d-une-quarantaine-#6
Inti, la chienne de mon garçon

 

 

 

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