Mauvaise conscience

challenge-écriture-#1Ceci est ma première participation au challenge écriture de l’atmosphérique Marie Kléber.

« Il vivait dans l’extra, il vivait dans l’extrême. Il était un collègue. Il était un ami. Un pointillé de sagesse dans un bouillon de générosité, de folie douce et d’empathie ».

Il était tout ça. Et puis, plus. Peu à peu, il s’était éteint. Il avait changé et personne ne savait pourquoi. Depuis quelques temps, il était distant, taciturne, absent. Il ne disait rien et devenait l’ombre de lui-même.

Pour tenir le coup, il s’adonnait à une activité, pour le moins, banale dans ce genre de contexte(s). Il buvait. Beaucoup. Pourtant, il s’était juré qu’on ne le reprendrait plus au jeu de la cuite, que c’était ça le problème chez lui, que boire lui faisait perdre le contrôle. Malheureusement, c’était un homme faible et il n’avait pas résisté longtemps à l’anesthésie induite et au bien-être factice que lui apportaient ses substances enivrantes favorites.

D’abord, il avait recommencé le samedi quand il ne travaillait pas et puis de fil en aiguille, le dimanche après-midi, le mardi soir après le boulot et pour finir, tous les autres jours.

Les autres chauffeurs le voyaient déambuler, rarement tituber et préféraient ne pas l’embêter avec ça dans la mesure où il restait un excellent conducteur. D’ailleurs, ils se disaient que s’ils ne le connaissaient pas aussi bien, ils n’y auraient vu que du feu car avec les clients et fournisseurs, il parvenait toujours à donner le change . Tous croyaient qu’il lui était arrivé quelque chose d’horrible et étaient loin de se douter que c’était lui qui s’était rendu coupable d’un acte aussi atroce que barbare.

Il avait essayé de se confier. De nombreuses fois. Mais ce n’était jamais le bon moment ou la bonne personne.

Sa sœur lui avait conseillé un psychologue et sa neutralité. Lui, il pensait à la police. Cela dit, il se sentait trop coupable pour accepter la suggestion et trop lâche pour partir voir les flics. Le mieux dont il avait été capable, c’était de s’excuser. Il avait dit qu’il aurait voulu que ça se passe autrement, qu’il ferait n’importe quoi pour pouvoir revenir en arrière, qu’il voulait réparer ce qui était encore réparable.  Il avait présenté ses plates excuses et elles lui avaient été refusées. Il faut dire que ses actions étaient, difficilement, pardonnables.

Sa mauvaise conscience le consumait et se saouler était sa seule échappatoire,  la façon qu’il avait trouvé pour dépérir moins vite.

Boire, vivoter, errer, qu’est-ce qui lui restait d’autre, de toute façon, après ce qu’il avait fait? Il avait détruit deux vies et la sienne ne tenait plus à grand chose.

 

Conversations entre copines #1: je gâche tout

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Aujourd’hui, je lance officiellement ma rubrique « conversations entre copines ». Ce sont des extraits de conversations qui n’ont l’air de rien comme ça mais dont on se rappelle plus tard ou sur lesquels on s’attarde dans la mesure où elles révèlent souvent un malaise ou un questionnement.

Un jour pas très lointain, j’ai une amie qui vient vers moi et qui me lance,

-je gâche toujours tout!

-Ah bon, comment ça tu gâches toujours tout?

-Oui, tout!

-Mais de quoi tu parles?

-De mes histoires avec les mecs

-Ah (j’avais une petite idée mais je ne voulais pas qu’il y ait de malentendu) ok, mais pourquoi, subitement, tu viens avec ça?

-Parce que j’ai rencontré quelqu’un

-Attends, mais c’est génial…

-Et il a l’air bien, en plus, dit-t-elle la mine boudeuse.

-Ben alors, il est où le problème? C’est super …

-Oui, mais non, j’ai peur…

-De quoi?

-De tout gâcher!

-Comment?

-En me montrant telle que je suis…

-Ah ben, ouais, alors si c’est ce que tu penses, va falloir t’acheter une estime de toi.

 

 

Réfléxions sur le féminisme #2

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Il y a 6 ou 7 mois, j’avais écrit un premier texte sur ce sujet.

Je vous avais expliqué où j’en étais dans mes réflexions et de mon malaise face au mot « féminisme« .

Au vu des derniers événements dans mon entourage et de tout ce que j’entends, j’ai beaucoup potassé. Aujourd’hui, mon malaise a (presque) disparu et je vais vous expliquer pourquoi.

Comme je vous l’avais confié, je n’aimais pas le mot « féminisme » car il se finissait en -isme et que, finalement, il me renvoyait à tous ces termes horribles terminant par ce même suffixe (exemples: nazisme, racisme, totalitarisme) ainsi qu’au vocable machisme. Sauf que j’oubliais un détail. Le mot machisme vient de l’espagnol « macho », qui fait référence à « mâle« . Son équivalent féminin dans la langue de Cervantes serait » hembrismo« , un terme ayant pour racine le mot hembra qui signifie femelle . Par conséquent, en français, l’équivalent de « hembrismo » serait « femellisme » ou mysandrie si vous préférez. Or, ce n’est pas le cas de féminisme qui renvoie plutôt à « femina » signifiant femme.

Plus important que le terme, c’est ce vers quoi l’idéologie tend. Le but du féminisme, c’est l’égalité hommes-femmes et pas la supériorité du genre féminin. D’ailleurs, un certain courant du féminisme est même pour l’abolition de la binarité des genres masculin-féminin et un autre, le plus radical de tous, serait, carrément, pour la fin du genre, en général. Il va sans dire que bannir ces constructions sociales créerait une confusion au début mais ferait, à terme, disparaître pas mal de soucis liés, par exemple, à l’orientation sexuelle, ou à la transsexualité.

Ma peur quant au féminisme comme je le comprenais, c’était vraiment l’exclusion des hommes. Cela m’embêtait parce que j’ai accouché d’un projet d’homme il y a 8 ans, que j’aime les hommes et que je suis convaincue qu’on doit faire le chemin ensemble. Comme je l’ai déjà dit, c’est magnifique que l’éducation des filles ait changée (du moins, dans nos contrées) et que l’on nous élève en nous assenant qu’on peut tout faire, s’habiller comme on veut, coucher avec qui on veut, comme on veut…mais si on n’apprend pas aux hommes à respecter les femmes, à renoncer aux privilèges qu’ils ont reçus par le simple fait d’être nés avec un sexe masculin, à (very important) les laisser exprimer leurs émotions (oui, un garçon, ça peut pleurer, jouer à la dînette ou avec des peluches, préférer la lecture au football) et en résumé, à ne plus exercer leur mépris envers tout ce qui est dit féminin, on ne s’en sortira jamais et les catastrophes continueront d’arriver.

Comme vous le lisez, c’est un vaste chantier dans lequel je me suis lancée, ou un chantier vaste mais il est passionnant et j’apprends des tas de choses qui risquent de beaucoup me faire évoluer dans les mois et années à venir.

 

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A l’aube de cette nouvelle décennie* qui commence

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A l’aube de 2020, je me retourne sur le 31 décembre 2018 vers 23.00 lorsque je prenais les transports bondés pour rentrer tranquillement chez moi dans l’espoir de dormir du sommeil du juste (les fêtes imposées sont un concept un peu compliqué pour moi).

Je me suis retournée sur la relative insouciance de cette fin d’année-là parce que c’est la seule dont je me souvienne avec presque précision (les antidépresseurs ayant bousillés mon sommeil et une partie de ma mémoire) et j’ai pu comparer avec la fin de celle que nous venons de terminer.

J’ai aussi été chercher plus loin dans le passé et ai pris conscience que la dernière décennie avait été la plus riche en événements positifs depuis la première (ma tendre enfance).

Les années 2010 ont fait de moi une compagne (même si ça n’a pas duré), une maman, une femme forte qui commence à entrevoir son potentiel et qui tente, malgré les difficultés et les soucis de santé, de saisir chaque opportunité qui se présente à elle ainsi que de faire, via ses divers engagements et à sa toute minuscule échelle, de ce monde, un endroit meilleur pour nos enfants.

Elle a mal terminé cette décennie, de la pire des façons, j’ai envie de dire. Les viols (puisque finalement, elle a réalisé qu’il n’y en avait pas eu qu’un) de mon amie, ce cancer pour ma mère, cette endométriose confirmée pour moi et les angoisses et problèmes gastriques de mon fils ont presque réussis à me faire croire que le bonheur, ce n’était, définitivement, pas pour nous. Heureusement, j’ai assez vécu aujourd’hui pour comprendre qu’il s’agit d’un cycle, un mauvais, certes, mais que comme tous les autres avant, il aura une fin. Je m’accroche à cette idée pour ne pas baisser les bras et ne pas paniquer.

J’ai énormément appris et évolué au cours des dix dernières années (je parviens même à me projeter un peu sur ce que j’ai envie de faire) et je souhaite de pouvoir continuer sur ma lancée. Les tempêtes arriveront toujours mais elles laisseront moins de séquelles si on apprend à les accepter et à les gérer un minimum. J’espère que la vie m’apportera plus de légèreté quand même et une meilleure santé (qui sait).

Je vous souhaite de très belles années 20.

*Je dis ça mais apparemment elle ne terminera que le 31.12.2020 et la vérité, c’est que je m’en fous parce que ma décennie à moi commence et termine quand je le veux bien.

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Face à son violeur

violée

Voici le résumé de ce que mon amie a dit à son ex la dernière fois qu’ils se sont vus (après qu’il ait reçu sa lettre de convocation à la police). Elle veut parler de ce qui lui est arrivé mais ne sait pas comment, ne sait pas à qui alors elle m’a demandé de l’aider et m’a permis de pondre un article avec ses confidences. Elle a envie de sortir un peu toute cette merde qu’elle a à l’intérieur et moi, je ne peux que l’y encourager.

« Tu m’as violée.

J’avais peur, je me sentais impuissante. Tu étais trop fort. Tu m’as fait mal.

J’y pense tous les jours. Des centaines de fois. Tous les jours.

C’est ce qui me définit aujourd’hui. Je suis profondément marquée:

  • d’avoir eu une personne à laquelle j’étais de plus en plus attachée et que je respectais, sur moi, en train de m’utiliser, d’utiliser mon corps, de me baiser sans se préoccuper de ce dont moi j’avais envie, de ce que je pouvais ressentir. D’avoir eu ton sexe dont je ne voulais pas, à ce moment-là, à l’intérieur de moi. Une sexe qui d’ailleurs a eu beaucoup de mal à rentrer parce que j’étais 0 excitée. Je voulais que tu me prennes dans tes bras. Je voulais dormir.
  • de devoir vivre avec ce grésillement continu, dans ma tête, pour le restant de mes jours. Cette voix qui me dit que je suis sale, que c’était de ma faute, que j’aurais du arrêter avant parce que je savais que quelque chose ne tournait pas rond chez toi.
  • de me rendre compte  que ce n’était pas la première fois que ça arrivait, pas la première fois que tu profitais de ta force et de ma vulnérabilité pour me soumettre à tes désirs et tout ça, parce que j’avais peur que tu te fatigues et que tu ais envie d’aller voir ailleurs.
  • d’assister à l’effondrement de mon monde pour la seule et unique raison que je n’ai pas  réussi à me défaire de toi et à m’enfuir ce matin-là.

Alors, non, je ne peux pas te pardonner. Je ne peux pas me pardonner. Je ne peux pas nous pardonner. Je nous hais et je ne sais pas comment faire pour aller mieux, ce qui me soulagerait. Je n’en ai aucune idée.

Te planter un couteau, tu m’as demandée. Tu crois qu’en plus, j’ai envie d’avoir du sang sur les mains? Fais-le, toi, si ça te chante. Mais surtout, surtout, si tu te sens aussi mal que tu le prétends, si tu es tellement désolé, reconnais les faits devant la police. Sois un homme, un vrai, et pas ce cliché de virilité abusive que j’ai connu. Range ta lâcheté au placard, par pitié. Qui sait, peut-être qu’à très long terme, un tel acte m’aidera à retrouver la paix que tu m’as volée.

Entre-temps, je continuerai à faire semblant, à mentir à mes enfants, qui remarquent quand même que leur maman ne va pas bien et qui souffrent de ne pas comprendre. J’espère que je tiendrai bon parce que c’est tellement épuisant d’être dédoublée à ce point.

Je vais te laisser maintenant. Je crois que je n’ai plus grand chose à te dire. Je n’en ai pas envie et je ne vois pas en quoi ça pourrait servir, de toute façon.

Je ne te dis pas merci.

Tu peux partir.

Adieu, »

Ocho

Ocho

Aujourd’hui, tu as huit ans, mon coeur.

Huit ans que tu es mon moteur. Huit ans que je tente d’être à ta hauteur.

Cette fin d’année n’est pas facile pour nous et ce que je te souhaite pour ta neuvième  sur la Terre, c’est que tout s’arrange et que tes angoisses, tu arrives à les contrôler pour apprendre à nager et parvenir à déployer tes ailes.

Il y a tellement de beau en toi et tous les jours, je vais te rappeler que tu es magnifique, intelligent, drôle et que tu es capable. Oui, tu es capable, n’en doute pas. N’en doute plus.

Je te souhaite un merveilleux anniversaire mon tout petit, en espérant que ta fête, même si un peu modifiée par les circonstances, sera belle et pleine de ta joie.

Tu mama, que te adora

Joyeuses fêtes à tous

Je ne comprends pas pourquoi ces enfants veulent être ami.s avec moi

Je-ne-comprends-pas-pourquoi-ils-veulent-être-amis-aavec-moi

Cette phrase, c’est un petit garçon de presque huit ans qui l’a sortie à son papa. Cette phrase, dans la bouche d’un si petit bonhomme est choquante, surtout quand on sait pourquoi il pense comme ça.

Ce petit garçon, en fait, il se sent différent de ses camarades et ne comprend pas pourquoi les autres peuvent s’intéresser à lui puisque ses centres d’intérêt ne sont pas les mêmes et qu’il est discret et maladroit.

Il n’a pas encore compris que c’est cette différence qui attire les autres, que côtoyer quelqu’un de pareil que soi, ce n’est pas marrant et même, souvent, ennuyeux.

Non, être différent ce n’est pas quelque chose de mal, même si le terme est  utilisé, à tort et à travers, dans un sens négatif, pour désigner ce qui ne va pas chez quelqu’un. Cette différence, c’est ce qui nous  rend unique simplement. Cette différence c’est ce qui va faire que l’on va marquer les esprits, que  les autres vont nous reconnaître, se souvenir de nous, en tant qu’individu.

C’est si triste de constater à quel point, dès la maternelle, un système,  nous pousse à rentrer dans un cadre, un moule, à ne pas dépasser. C’est triste de voir que sortir un peu du lot est considéré comme quelque chose d’anormal. Ce n’est pas anormal, nous ne sommes pas des moutons, quoi qu’on veuille nous faire croire. Quand on creuse et qu’on s’intéresse aux gens, on se rend compte que les moutons, en fait,  il y en a très peu, que les gens font presque tous leur maximum pour s’adapter à un fonctionnement qui ne leur correspond pas, qui ne peut correspondre à personne, tant il est limitatif et loin d’être en phase avec la condition d’humain.e.

Je voudrais tellement que ce petit garçon voit à quel point il illumine la vie des autres par sa créativité, sa curiosité, son humour, sa perception fine des choses, son instinct, sa douceur, son gros caractère malgré tout. Je voudrais tellement qu’il voit qu’il lui suffit d’être lui pour être aimé et qu’il n’a pas besoin de ressembler à un modèle établi.

C’est bien la différence. Embrassons la différence !

Parce que #metoo

harcèlement petite fille

J’ai 6,5 ans. Je suis en première primaire. Je sais lire, écrire et compter. Je n’ai rien à faire en première primaire. Pourtant, on m’y laisse et le harcèlement commence.

Je suis joyeuse et naïve et je préfère la compagnie des garçons. Je m’entends mieux avec eux. Nos rapports sont plus naturels et j’ai confiance (je n’ai aucune raison de ne pas avoir confiance. Nous ne sommes que de jeunes enfants, après tout).

Un jour de janvier, l’un d’entre eux m’attire dans un coin de la cour et d’autres nous suivent. Pour m’embrasser (ils essaient de faire rentrer la langue mais je serre tellement fort les dents qu’aucun n’y arrive jamais), me toucher , me peloter, me déshabiller. Je me débats, je ne veux pas de tout ça. Je le rappelle, nous avons 6 ans à peine lorsque ça commence, 7 lorsque ça se termine.

Le jour où je réussis à m’extirper de leurs griffes, je cours chez la maîtresse et en me voyant aussi apeurée, elle me demande ce qu’il s’est passé. Je ne veux pas lui raconter. Je suis submergée par deux sentiments: la honte et la culpabilité. Honte de quoi ? Coupable pourquoi?  Je ne sais pas, je n’ai rien fait de mal. Le pire c’est que lorsque aujourd’hui, je me rappelle ces faits, les mêmes sentiments m’envahissent et je ne sais pas plus expliquer pourquoi. L’éducation que j’ai reçu en tant que fille y est sans doute pour quelque chose mais dans quelle mesure, je ne sais pas.

Pendant des mois, ces garçons dont je ne me souviens ni du visage, ni du prénom, ni du nombre ont joué le même « jeu ». Pendant des mois, je ne voyais rien venir avant que ça ne se produise. Pendant des mois, les profs n’ont rien remarqué (ou ont fait semblant de ne rien remarquer). Moi qui pensait qu’elles étaient là pour surveiller, je me suis bien gourée. Papoter entre elles, c’est ce qu’elles faisaient la plupart du temps. Ah oui, et crier sur nous, parce que ça, elles aimaient bien.

Mes souvenirs sont vagues, faut pas croire car plus de trente années sont passées et que j’ai oublié, refoulé pendant longtemps. Mon premier flash des agressions, puisque oui, c’est bien de cela qu’il s’agit, je l’ai eu à 19 ans, lorsque ce joli garçon métisse (moitié réunionnais-moitié espagnol, olala) par lequel j’étais attiré m’a embrassée de force et que je l’ai repoussé violemment. Pourtant, j’étais déjà sortie avec quelqu’un. Je n’étais pas très expérimentée, certes, mais ce n’était pas la première fois. Je n’ai pas compris pourquoi cet « incident » a fait remonter ses souvenirs. Peut-être était-ce du au fait d’avoir été forcée à nouveau. Ce jour-là, j’ai compris pourquoi mes rapports avec les garçons étaient devenus si compliqués. Parce que oui, entre temps, ils l’étaient devenus et un sentiment de méfiance m’accompagnait depuis des années, sans trop savoir pourquoi.

Est-ce que j’en ai parlé ? Non ou peut-être à ma meilleure amie de l’époque mais alors brièvement. J’avais tellement honte, n’est-ce-pas ?

Ce n’est qu’à l’aube de ma 35ème année que, finalement, j’ai osé m’ouvrir sur le sujet. D’abord à ma mère. Puis, à ma psy de l’époque (qui n’était pas très à l’aise avec le sujet et que j’ai laissé tomber) Ou inversement, je ne sais plus. Toujours persécutée par cette honte, cette culpabilité mais quand même, en me disant que si ça revenait à ma mémoire de temps à autre, c’est que ça devait avoir son importance.

Il y a quelques temps, j’ai vu un film sur le harcèlement sexuel en entreprise et j’ai pris conscience du fait que c’était, exactement, ça que j’avais subi à six ans. Six ans, j’ai encore du mal à y croire, même si c’est à moi que c’est arrivé.

Ensuite, il y a eu les accusations contre Weinstein, il y a les langues qui se délient de plus en plus et j’ai compris que je n’étais pas seule, que presque toutes ou en tout cas, on était des millions (milliards?) à avoir subi ce genre de choses et/ou pire encore. Mon malaise n’a pas disparu mais je me suis, enfin, sentie le droit d’en parler. Voilà, pourquoi, je le fais ici et maintenant.

EDIT: Cet article date d’il y a plus de deux ans maintenant et ce n’est pas mon histoire la plus dramatique sur le sujet. C’est juste que le viol de ma copine par son mec fait remonter des trucs et que j’ai besoin de les partager.

#metoo #jeconnaisunvioleur #unvioladorentucamino #cultureduviol #cuéntalo

Quels sont vos projets, mademoiselle*?

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Cette question, c’est ma nouvelle psy qui me l’a posée. Elle est arrivée de je ne sais où, out of the blue. Et elle a cassé l’ambiance. Je l’ai trouvé maladroite, déplacée et j’ai eu envie de lui répondre que lorsque le ciel arrêterait de me tomber sur la tête alors peut-être, je pourrais lui répondre…mais pas, maintenant.

Peut-être qu’elle voulait enlever de la lourdeur ou de l’épaisseur à mes confidences, je ne sais pas. D’expérience, je sais que c’est la pire chose à dire à quelqu’un qui a le nez dans ses problèmes.

ça me rappelle ma mère lorsque je suis revenue d’Espagne avec ma grosse dépression et qu’elle m’avait demandé: « Qu’est-ce que tu vas faire de ta vie? » Je sais que ça ne partait pas d’une mauvaise intention mais ce n’est pas une question qu’on pose à une fille de 26 ans en dépression. Et vous savez pourquoi? Parce que justement, il est là le problème. Dans ces moments-là, on ne sait pas quoi faire de notre peau.

Là, la situation est différente. C’est plutôt que la maladie et les soucis m’ont coupé dans mon élan…Je ne suis plus la même qu’il y a 12 ans, j’ai évolué. Beaucoup, beaucoup et j’ai toujours des choses auxquelles me raccrocher…mais quand même, de vrais projets, c’est compliqué quand on a peur de se ramasser une autre brique. Et que, par ailleurs, on vient justement consulter pour ça.

Non, je n’ose plus me projeter, planifier et je vis un jour à la fois. Semer de minuscules cailloux (comme cette page sur le féminisme), c’est la seule chose dont je suis capable et je trouve que c’est déjà pas mal. Je crois, d’ailleurs, que c’est la seule chose à faire pour le moment ou en tout cas, jusqu’à l’opération de maman, le 30 de ce mois.

Je ne comprends toujours pas l’intention de la psy. Pourtant, elle m’avait donnée confiance mais il faut bien s’avouer que la séance de l’autre jour était une séance ratée et que le malaise est né alors que je ne l’attendais pas.

*j’ai écrit mademoiselle car malgré mon âge, je ne me sens pas madame  et que je trouve ce mot trop imposant, trop froid aussi peut-être…

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Quand le mot « pourri » est un doux euphémisme

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Je n’aime pas raconter les trucs glauques pour les raconter. Pour moi, ça devient acceptable quand à la fin tout est bien qui finit bien et que j’ai une belle histoire de rétablissement ou de résilience à relater.

C’est ainsi que je n’ai ni parlé des nombreux examens que ma mère et moi avons subi, ni des angoisses grandissantes et de plus en plus handicapantes de mon bonhomme. Cependant, j’avoue qu’en cette fin novembre, j’ai besoin de me plaindre et pourquoi pas, de m’apitoyer.

En ce qui me concerne, on m’a diagnostiqué une endométriose profonde (#maladieàlamode) pour ensuite me dire que ce n’était pas ça et qu’il fallait continuer à chercher. Quant à ma mère, c’est plus grave. Pour elle, il n’y a pas eu d’errance et en moins d’un mois, on a su qu’elle souffrait d’un cancer du colon, heureusement, à un stade précoce.

Mon fils, en voyant la santé des  femmes de sa vie décliner, s’est mis à avoir peur d’à peu près tout, et ce, surtout depuis mon évanouissement (du à des douleurs insupportables dans le bas ventre) alors que, rien que tous les deux, nous étions dans la file pour assister au spectacle du cirque Bouglione .

Il est vrai que vu de l’extérieur, je donne l’impression de réagir plutôt froidement à tout ce qui nous arrive . Je suis comme anesthésiée par toutes ces mauvaises nouvelles et me sens comme « absente » de la vie. J’ai, parfois, des sursauts de colère, car quand même, bordel, ma mère, c’est le deuxième cancer (1er en 2011 au sein) qu’elle se tape, qu’entre nous deux, ça fait trois et que, finalement, moi, , j’ai vécu plus dans la merde qu’autre chose. Je me dis sans cesse que ce n’est pas juste et je me demande pourquoi certains ont tellement de chance et d’autres si peu.

Depuis quelques semaines, je n’espère plus rien de bon ni de mauvais . J’essaie, simplement, de survivre, d’agir, de vivre le plus normalement possible et surtout, de montrer une bonne tête devant le petit pour qu’il s’inquiète moins. Il est évident que cela est loin d’être facile et que je ne dois pas être si convaincante dans la mesure où il passe sa vie à me demander : « ça va, maman?

Alors, je ne sais pas si j’écrirai beaucoup, un peu, ou pas du tout dans les prochaines semaines, les prochains mois. Tout dépend de mon envie et de la suite des événements. Je n’ai pas envie de me censurer mais pas non plus d’écrire que tout va mal à longueur d’article.s.. Si j’y arrive, j’essaierai de creuser un peu plus sur le féminisme, qui, pour moi et par la force des choses, s’est imposé comme ZE thème de l’année. Mais rien n’est moins sûr et on verra.

Voilà, vous savez à présent pourquoi je suis bien moins présente sur mon blog et la blogosphère, en général.

 

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