Catégorie : histoires d’a

Dans la tête d’un homme d’aujourd’hui

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Mon père dit que je suis trop sensible pour un mec.

Marjorie dit le contraire. Et puis il y a Lucie qui lit en moi comme dans un livre. Selon elle, si ça foire avec Marjorie et avec toutes les autres-d’ailleurs- c’est parce que je n’assume pas ma part de féminité et que ça crée un malaise. Le pire, c’est qu’elle a raison, le pire, c’est que je ne peux, vraiment, rien lui cacher. Il y a pas longtemps, elle m’a sortie: « tu vois Seb, parfois tu te livres et je vois bien qu’il y a quelqu’un de sensible à l’intérieur de toi, quelqu’un d’intéressant, quelqu’un plein de nuances…et puis, il arrive un moment où on dirait que tu te rends compte et où tu te sens obligé de faire le gros naze. Je crois que selon toi, c’est ça être masculin ».

En même temps, je ne suis pas certain de saisir ce que c’est d’être masculin. Je sais juste que j’ai été élevé par un type qui me tapait dessus dès que j’osais verser la moindre larme, et que ma mère, au lieu de venir me défendre, préférait feindre l’ignorance et partir en vacances avec son amant.

Parfois, je me dis que mon paternel devait m’utiliser pour se venger de ma mère. Je n’ai jamais compris pourquoi il ne l’a jamais quittée. Enfin…

Ah sacré Lucie. Lucie, elle me retourne la tête depuis que je l’ai rencontrée et qu’elle m’a cernée en deux temps trois mouvements. Lucie, c’est aussi la fille que je ne comprends pas. Non, je ne comprends pas pourquoi elle perd son temps avec moi. Après tous les sales coups que je lui ai fait. Mais bon, perdre son temps c’est beaucoup dire car depuis quelques temps, je sens qu’elle s’éloigne et je comprends…mais j’aime pas. Je suis sûrement qu’un salaud après tout.

La vérité c’est que je ne sais pas comment je dois me comporter pour être moi. C’est jamais bien de toute façon. Enfin si, avec Naëlle. Comme c’est ma fille, je suis son héros, un point, c’est tout. Elle, elle se fout de toutes ces histoires de virilité du moment que je sois gentil et attentif. Je me sens à l’abri avec elle. Mais bon, comme c’est moi qui l’ai façonnée en partie, je sais pas si ça compte. Ce serait tellement plus simple si les autres n’étaient pas déjà aussi formatés, fermés, pourris, opaques, obtus..

Lucie affirme que je me porterais mieux et que j’attirerais des personnes faites pour moi si je m’acceptais avec mes plus et mes moins au lieu de faire le gros nul…mais je sais pas parce que Lucie, elle lit trop et surtout, elle se croit trop intelligente…et ça m’énerve…Mais n’empêche, je dois bien avouer, enfin m’avouer à moi que Lucie, je l’ai toujours un peu dans la tête…et qu’en même temps, je suis accro à Marjorie. Bref, c’est sûr, je ne suis qu’un salaud.

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Mon homard, c’est tout.

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Il y a quelques jours, une amie, qui croit que je suis célibataire depuis plus longtemps que je ne le suis en réalité (je ne lui ai pas parlé de ma dernière histoire pourrie-à-crever, tellement je suis dans l’incapacité de l’assumer), m’a dit sur un ton mi-interrogatif, mi-affirmatif, « toi, tu ne cherches pas vraiment, d’homme, non…(?).

A ce moment-là, j’ai du bafouiller, un truc, sans queue ni tête, pour réponse parce que je n’avais pas, sérieusement, réfléchi à la question.

Je suis mère célibataire depuis bientôt cinq ans, vous voyez et depuis, je n’ai eu que des histoires bancales, malsaines ou pathétiques. Je ne sais pas vraiment dire pourquoi. Est-ce à cause de ma situation de maman-solo-en-pas-bonne-santé? A cause de mon passé et de ce que mon comportement actuel en reflète encore? Serait-ce du au fait que n’ayant rien connu de bon en amour, je n’ai pas de point de comparaison positif sur lequel me baser ? Je ne sais pas. Je sais juste que je ne trouve pas chaussure à mon pied. Pas quelqu’un de fiable, de droit et d’honnête et qui m’aime, véritablement, en tout cas.

Par conséquent, la seule réponse que je suis en mesure d’apporter , c’est celle que mes tripes me hurlent, à savoir que OUI, je veux un homme, trouver l’amour (je ne me suis jamais vue finir seule) mais pas à n’importe quel prix. Je refuse de tout supporter et je préfère être seule que mal accompagnée. Même si ce n’est pas facile et que parfois (très fort à certaines périodes), je sens le poids de la solitude. Je ne serais, jamais, de celle qui a quelqu’un pour avoir quelqu’un. Pour un soir, ok, mais pour plus longtemps, c’est impossible, vu ma personnalité et ma façon de fonctionner. Je me sentirais à l’étroit, prête à exploser et surtout, malhonnête. Et puis, je ne suis pas toute seule; j’ai un enfant et je ne veux pas l’exposer à n’importe quoi, n’importe qui. Je veux être sûre, autant que faire se peut, le jour où je lui présenterai l’homme nouveau.

C’est mon homard que je vise, en fait. Ni plus ni moins, et ça c’est pas à n’importe quel coin de rue que je pourrais le trouver. Ou si? En fait, on ne sait pas mais l’envie est là et les pièces, dans la fontaine, sont jetées.