Quels sont vos projets, mademoiselle*?

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Cette question, c’est ma nouvelle psy qui me l’a posée. Elle est arrivée de je ne sais où, out of the blue. Et elle a cassé l’ambiance. Je l’ai trouvé maladroite, déplacée et j’ai eu envie de lui répondre que lorsque le ciel arrêterait de me tomber sur la tête alors peut-être, je pourrais lui répondre…mais pas, maintenant.

Peut-être qu’elle voulait enlever de la lourdeur ou de l’épaisseur à mes confidences, je ne sais pas. D’expérience, je sais que c’est la pire chose à dire à quelqu’un qui a le nez dans ses problèmes.

ça me rappelle ma mère lorsque je suis revenue d’Espagne avec ma grosse dépression et qu’elle m’avait demandé: « Qu’est-ce que tu vas faire de ta vie? » Je sais que ça ne partait pas d’une mauvaise intention mais ce n’est pas une question qu’on pose à une fille de 26 ans en dépression. Et vous savez pourquoi? Parce que justement, il est là le problème. Dans ces moments-là, on ne sait pas quoi faire de notre peau.

Là, la situation est différente. C’est plutôt que la maladie et les soucis m’ont coupé dans mon élan…Je ne suis plus la même qu’il y a 12 ans, j’ai évolué. Beaucoup, beaucoup et j’ai toujours des choses auxquelles me raccrocher…mais quand même, de vrais projets, c’est compliqué quand on a peur de se ramasser une autre brique. Et que, par ailleurs, on vient justement consulter pour ça.

Non, je n’ose plus me projeter, planifier et je vis un jour à la fois. Semer de minuscules cailloux (comme cette page sur le féminisme), c’est la seule chose dont je suis capable et je trouve que c’est déjà pas mal. Je crois, d’ailleurs, que c’est la seule chose à faire pour le moment ou en tout cas, jusqu’à l’opération de maman, le 30 de ce mois.

Je ne comprends toujours pas l’intention de la psy. Pourtant, elle m’avait donnée confiance mais il faut bien s’avouer que la séance de l’autre jour était une séance ratée et que le malaise est né alors que je ne l’attendais pas.

*j’ai écrit mademoiselle car malgré mon âge, je ne me sens pas madame  et que je trouve ce mot trop imposant, trop froid aussi peut-être…

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Quand le mot « pourri » est un doux euphémisme

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Je n’aime pas raconter les trucs glauques pour les raconter. Pour moi, ça devient acceptable quand à la fin tout est bien qui finit bien et que j’ai une belle histoire de rétablissement ou de résilience à relater.

C’est ainsi que je n’ai ni parlé des nombreux examens que ma mère et moi avons subi, ni des angoisses grandissantes et de plus en plus handicapantes de mon bonhomme. Cependant, j’avoue qu’en cette fin novembre, j’ai besoin de me plaindre et pourquoi pas, de m’apitoyer.

En ce qui me concerne, on m’a diagnostiqué une endométriose profonde (#maladieàlamode) pour ensuite me dire que ce n’était pas ça et qu’il fallait continuer à chercher. Quant à ma mère, c’est plus grave. Pour elle, il n’y a pas eu d’errance et en moins d’un mois, on a su qu’elle souffrait d’un cancer du colon, heureusement, à un stade précoce.

Mon fils, en voyant la santé des  femmes de sa vie décliner, s’est mis à avoir peur d’à peu près tout, et ce, surtout depuis mon évanouissement (du à des douleurs insupportables dans le bas ventre) alors que, rien que tous les deux, nous étions dans la file pour assister au spectacle du cirque Bouglione .

Il est vrai que vu de l’extérieur, je donne l’impression de réagir plutôt froidement à tout ce qui nous arrive . Je suis comme anesthésiée par toutes ces mauvaises nouvelles et me sens comme « absente » de la vie. J’ai, parfois, des sursauts de colère, car quand même, bordel, ma mère, c’est le deuxième cancer (1er en 2011 au sein) qu’elle se tape, qu’entre nous deux, ça fait trois et que, finalement, moi, , j’ai vécu plus dans la merde qu’autre chose. Je me dis sans cesse que ce n’est pas juste et je me demande pourquoi certains ont tellement de chance et d’autres si peu.

Depuis quelques semaines, je n’espère plus rien de bon ni de mauvais . J’essaie, simplement, de survivre, d’agir, de vivre le plus normalement possible et surtout, de montrer une bonne tête devant le petit pour qu’il s’inquiète moins. Il est évident que cela est loin d’être facile et que je ne dois pas être si convaincante dans la mesure où il passe sa vie à me demander : « ça va, maman?

Alors, je ne sais pas si j’écrirai beaucoup, un peu, ou pas du tout dans les prochaines semaines, les prochains mois. Tout dépend de mon envie et de la suite des événements. Je n’ai pas envie de me censurer mais pas non plus d’écrire que tout va mal à longueur d’article.s.. Si j’y arrive, j’essaierai de creuser un peu plus sur le féminisme, qui, pour moi et par la force des choses, s’est imposé comme ZE thème de l’année. Mais rien n’est moins sûr et on verra.

Voilà, vous savez à présent pourquoi je suis bien moins présente sur mon blog et la blogosphère, en général.

 

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Le jour où l’insomnie m’a fait atterrir à l’hôpital

Je vous rassure tout de suite, je ne parle pas de maintenant mais d’il y a 4 ans. Quatre ans et demie même.

Je n’en ai jamais parlé dans ce blog et pour cause, c’est parce qu’il n’y a pas d’unité du sommeil à l’hosto. Celle où on atterri quand on ne dort pas, c’est la psychiatrie, et je n’étais pas très à l’aise de raconter ça.

Je suis restée 20 jours, en tout et pour tout,, avant de signer ma décharge de commun accord avec l’étudiante en psychiatrie qui m’avait, malheureusement, été assignée pour mon suivi. Vingt jours qui ne m’ont pas servi à retrouver un sommeil digne de ce nom (il aurait déjà fallu que le personnel me croit) mais m’aura permis de prendre le temps d’intégrer diverses vérités dont je ne me rendais pas compte jusqu’à alors et dont je vais vous parler.

A cause de l’insomnie et des conséquences du sevrage, je suis arrivée à un stade où je ne pouvais plus m’occuper ni de mon fils ni de moi. Je perdais la boule pour être claire et je trimballais encore des casseroles du passé dont je n’avais pas conscience étant donné l’anesthésie causée par les médicaments. J’étais encore persuadée de n’être qu’une faible (mon entourage m’avait fait intégrer l’idée toute jeune, après ma maladie) qui n’arrivait pas à voir le beau dans sa vie. Je me sentais vide. J’avais 0 confiance en moi et vivais dans une culpabilité sans nom par rapport à tout ce que selon moi, je faisais mal. J’étais mère, séparée. La totale de chez totale.

Pour tout vous dire, à l’hôpital, la prise en charge a été inexistante. Je n’ai pas vu de psy sur vingt jours, j’ai été remise sous antidépresseurs par l’étudiante en psychiatrie à mon insu (je pensais que je prenais quelque chose pour pallier les effets du sevrage et dormir) et le personnel infirmier, à quelques exceptions près, était horrible. J’ai eu tellement de chance que la vraie unité était en travaux et que dans la provisoire où j’ai atterri, tous les types de pathologies étaient mélangés, c’est-à-dire que je me suis retrouvée aussi bien avec des gens en burn-out que des schizophrènes. Oh joie.

Heureusement, dans ce chaos, parmi les gens en burn-out, les dépressifs et les anxieux (je sais, ça ne fait pas rêver), j’ai trouvé plusieurs personnes fantastiques, qui sont devenues un peu ma famille sur les lieux.  En comparant nos histoires, je me suis rendue compte qu’on atterrissait, rarement, dans ce genre d’endroit par faiblesse et j’ai commencé à réfléchir.

C’est à ce moment, où j’ai peu à peu intégré l’idée que mon vécu, depuis longtemps, avait été tout sauf évident et qu’il n’était pas étonnant qu’à un moment je flanche. Je n’étais pas faible. J’avais traversé des épreuves, très difficiles, trop jeune dans un climat familial délétère et avec un entourage, complètement, défaillant (c’est le cas de le dire). D’aucuns choisissent le chemin de l’autodestruction via alcool, drogues, sexe, délinquance et rock ‘n roll, quelques exceptions s’en sortent sans quasi aucune séquelle (je les appelle: les fleurs qui grandissent dans les poubelles) et moi ou mon inconscient n’a trouvé d’autre moyen que celui du mal-être et des troubles psychosomatiques pour exprimer mon désarroi.  Lorsque j’ai accouché de cette vérité et qu’elle a imprégné les différentes couches de mon cerveau, j’ai eu l’impression, je vous assure, de me réveiller d’un long, très long cauchemar.

En fait, je pense que l’hospitalisation m’a permis de me poser et de faire un « reset » dans ma tête. C’est à partir de là, que j’ai, enfin, pu commencer à chercher des bases solides pour mon épanouissement et celui de mon fils, par extension.

Évidemment, ce chemin ne s’est pas fait du jour au lendemain, j’ai encore galéré quelques mois après cette hospitalisation. Qui plus est, je suis d’avis que le travail ne sera jamais vraiment terminé mais je suis fière des progrès que j’ai faits et j’espère que je ne m’arrêterai jamais d’aller de l’avant.

 

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Parfois, la folie n’est autre que la raison présentée sous une forme différente

Le mal être dans une chanson

Il y a des paroles de chansons qui restent gravées à jamais, des paroles qui font écho à ce qu’on a vécu.

En ce qui me concerne, il y a une chanson en espagnol qui exprime le ressenti et le mal-être que j’ai trainé pendant plus de 15 ans.  Dans les paroles, il y a même une phrase que j’ai pris comme une claque tant elle résumait tout « Fue tan largo el duelo que al final, casi lo confundo con mi hogar ». En français: « le deuil a été tellement long que j’ai failli le prendre pour mon foyer »…Autrement dit, j’ai tellement oublié ce que c’était d’avoir une vie normale ( à cause d’un événement traumatisant qui m’a totalement retourné.e), que j’ai pris ce mal-être pour LA vie normale …J’extrapole et j’ajoute: et que  je me demandais comment j’allais pouvoir continuer à vivre avec ça, comment les gens faisaient et surtout, si ça en valait la peine, tant la boule que j’avais dans l’estomac me pesait.

Le mal-être, c’est avec le traumatisme de la leucémie qu’il est survenu. Probablement du fait de ce que j’avais vécu et de la non-reconnaissance de mon droit à souffrir puisque je m’en sortais…

Pendant toutes ces années, j’ai été en apnée. Je crois que quelque part, j’ai, vraiment, perdu le contact avec la réalité et que même si d’apparence, je vivais grosso modo la même vie que les autres jeunes de mon âge, à l’intérieur, quelque chose était resté figé/bloqué. J’étais spectatrice et surtout,  la proie d’une ambivalence: celle d’avoir mûri beaucoup plus vite  tout en me sentant prisonnière du fantôme de la petite fille que je n’avais pas pu terminer d’être. Peut-être que la comparaison sera ridicule mais tant pis, je me faisais l’effet d’une de ces personnes amputées d’un membre qui continuent à le sentir et même à en pâtir. Moi, c’était de la fin de mon enfance dont le sort m’avait amputée. Malheureusement, dans mon cas, c’était quelque chose qui ne se voyait pas (pas que j’aurais préféré qu’on me retire un membre)…

Depuis, je suis devenue une adepte ou plutôt j’ai été obligée de m’engager dans tout ce que j’entreprenais petit à petit, sans jamais penser à un résultat possible. Je suis tellement pétrifiée à l’idée de revivre le choc de voir quelque chose s’arrêter du jour au lendemain que je ne sais pas me projeter . Je sais qu’aujourd’hui, c’est la mode du slow, du pas à pas, que c’est quelque chose qui peut passer comme étant très positif. C’est vrai mais tout dépend du contexte et dans mon cas, ce n’est pas un choix. D’ailleurs, pour que vous compreniez, je vais vous raconter une anecdote. Vous savez, je vis tellement dans le quotidien, dans le jour après jour que  lorsqu’en juin 2005, j’ai entendu mon nom lors de la proclamation des diplômés en traduction de mon école, j’ai été prise de court dans la mesure où je n’avais jamais pensé à la suite.  C’est comme si jusque-là, j’avais vécu dans le déni du futur incertain qui m’attendait. En effet, tant que le filet sécuritaire des études me tenait, j’arrivais à donner le change mais une fois celles-ci achevées, je n’avais aucune idée de ce que j’allais bien pouvoir faire de ma peau, je n’avais plus de boussole, d’ancre à laquelle m’accrocher, juste une violente envie de laisser la Belgique derrière moi et d’aller tenter ma chance en Espagne. Ce que j’ai fait, comme vous le savez…

Aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas faire de projets, enfin si j’en fait mais je n’avance que lentement ou par à-coups, lorsque je sens que tous les dangers sont écartés ou que j’en ai tellement marre d’être prudente que je décide de me jeter à l’eau sans réfléchir. A cause de ces réactions qui peuvent passer pour deux extrêmes, certaines personnes ont émis l’hypothèse que je devais être bipolaire et d’autres très libre. Étrange parallèle. En vrai, je suis juste angoissée et encore un peu traumatisée.

Heureusement, les différentes thérapies entamées,  une profonde remise en question et  mes différentes lectures, visionnages de films, conférences et tutti quanti, m’ont permis de comprendre beaucoup de choses. Il y a encore des zones d’ombre bien sûr mais mon état actuel est, compatible avec une vie épanouissante. Du moins, je le crois. Je sais profiter de la vie. Je sais prendre mon temps.. Quand je dis quelque chose, je le fais toujours. J’ai trouvé un équilibre, précaire peut-être mais il me satisfait et malgré l’angoisse qui m’étreint encore parfois, je vais bien.