Un lundi soir dans le noir …

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Il est 23 heures. Le spectacle est terminé. Je m’apprête à rentrer à la maison.

Seule. Oui, seule.

Il pleut. C’est la nuit. Il fait sombre. Très sombre.

Je ne suis pas tranquille. Pas tranquille.

J’ai le choix entre un raccourci où il n’y a pas un chat et une large avenue illuminée. Je prends la large avenue, bien sûr. Bien sûr.

Il y a encore des gens . Un groupe de filles. Je me colle à elles. Du moins, autant qu’elles me laissent. Qu’elles me laissent.

J’essaye de me faire toute petite.

J’arrive à la station de métro. Il y a des clochards avec ou sans chien, avec ou sans canette de bière et des migrants assis parterre.

J’accélère. J’accélère.

Par chance, l’arrêt est bondé.

On ne me verra pas. Non, on ne me verra pas.

J’attrape le métro, descends pour prendre mon bus. Il n’y a personne. Pas même les gardes.

Je me cache. Oh oui, je me cache.

Je vois ma voisine. Je me mets près d’elle. Je ne l’aime pas mais au moins à deux, on sera mieux. Forcément, oui, on sera mieux.

Le bus arrive. Je monte. On dénombre dix passagers. Huits hommes, deux femmes.

Je me trouve une place, sors mon smartphone, mes écouteurs. Et je m’envole. Je disparais.

Cinq arrêts plus tard, je suis chez moi. Heureusement, mon immeuble n’est pas très loin. Pas très loin.

Je pique un dernier sprint et m’y voilà.

Il est 23h42.

Ouf, encore un soir où il ne s’est rien passé. Non, rien passé.

Et pourtant, j’avais la peur au ventre. Et pourtant, je suis soulagée. Et pourtant, je suis habituée.

 

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J’ai lu  » En finir avec la culture du viol » de Noémie Renard

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Pitch: En France, chaque année, entre 60 000 et 100 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. Environ 16 % des Françaises ont subi une telle agression au cours de leur vie. Et les viols ne représentent que la partie émergée d’un iceberg : celui des violences sexuelles. Chaque jour, que ce soit à la maison, au travail ou dans la rue, des femmes sont agressées sexuellement ou harcelées. Ces violences ont des conséquences graves : elles minent la confiance et limitent la liberté par la peur qu’elles instaurent. Elles constituent une atteinte aux droits et à la dignité des personnes et consolident la domination masculine.
Ces violences sexuelles n’apparaissent pas spontanément. Elles ne font pas non plus partie de la  » nature humaine  » ou de la  » nature masculine « . Elles ont des causes sociales – impunité des agresseurs, idées reçues sur la sexualité – et ne sont donc pas une fatalité. C’est pourquoi il est important d’identifier les éléments culturels qui servent de justifications et de terreau à ces actes, afin de proposer des pistes qui permettront d’y mettre fin.
Nourri de notions nord-américaines développées depuis 40 ans et enfin rendues accessibles en France au grand public, s’appuyant sur nombre de situations concrètes, ce livre s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui se sentent concernés par l’ampleur du problème et refusent que notre société se résigne à cette situation. Les petits matins

Mon avis: Ce livre est bien écrit, très documenté et j’y ai appris des choses. Deux choses qui m’ont marquées d’ailleurs et qui ne sont peut-être pas celles qui sautent aux yeux directement.

La première, que le violeur, dans la plupart des cas, était très loin de l’image mentale que nous nous en faisions, qu’il n’a souvent rien à avoir avec le type peu fréquentable qu’on rencontre le soir tard dans la rue lorsqu’on est seule, en mini-jupe (faut pas l’oublier celle-là) mais qu’au contraire, il porte le plus souvent le costume du mec bien sous tout rapport, qu’on connait parfois bien ou même celui d’un membre de la famille (père, oncle, frère, cousin copain, compagnon, mari, voisin, la liste est longue). Je vais peut-être vous paraître naïve mais je vous avoue que même si ça peut paraître évident pour certain.e.s, personnellement, je n’avais jamais envisagé la chose comme telle.

La deuxième porte sur ce qu’on appelle la coercition sexuelle graduelle et parle de tous ces « petits actes » (pression verbale, utilisation de substances toxiques, de la force, etc) qui sont exercés en vue de forcer la volonté sexuelle d’une personne réticente à l’acte ou à certaines pratiques. Certaines femmes racontent s’être senties dépossédées de leur corps, avoir été prises pour un objet ou pour un morceau de viande.

L’affaire Weinstein a libéré la parole de beaucoup de femmes et le droit chez moi de me dire « féministe » ou plus justement « pour l’égalité des sexes ». Depuis, je me suis beaucoup informée. C’est normal, je suis une femme, vous allez me dire. Oui mais, toutes les femmes ne se sentent malheureusement pas concernées. J’en connais qui pensent que cela n’a rien à voir avec elles, que ce sont les affres d’hystériques en mal d’amour ou d’autres qui sont dans le déni de choses graves qui leur sont arrivées, tout en portant encore en elles, la honte et le malaise. C’est dingue, je trouve.

Malgré tout,  j’ai l’impression que même si nous vivons encore largement dans des sociétés patriarcales qui ont de beaux jours devant elles,  depuis un an et demi , les personnes qui discréditent les féministes sont moins prises au sérieux, un peu plus remises en cause.

Personnellement et je vais terminer là, je reste persuadée que la révolution ne pourra avoir lieu que si toutes les femmes se solidarisent entre elles et que si les hommes nous rejoignent dans ce combat. Je vois difficilement comment il pourrait en être autrement.

Bref, pour en revenir au livre, disons qu’il est à mettre entre toutes les mains des personnes que vous connaissez et plus particulièrement, devant les yeux de ceux et celles qui disent ne pas se sentir concerné.e.s.

Le jour où j’ai compris que la vie c’était que des problèmes

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Mon titre est négatif, me direz-vous, voire pessimiste. Or, la réalité que je vais vous développer ne l’est pas ou en tout cas, à moi, personnellement, ne me la semble pas.

Vous savez maintenant que j’ai trainé un mal-être entre mais 12 ans et mes 26 ans et que ce mal-être s’est transformé en dépression. Et bien, figurez-vous que pendant toutes ces années, il y avait selon moi deux types de vie: une vie idéale qui était celle où on avait de la chance et où tout nous souriait, nous réussissait  et une autre (le type de vie que moi je vivais) où tout était pourri. Un peu binaire, vous ne trouvez pas?

J’étais persuadée que j’avais du naître sous une très mauvaise étoile, pour souffrir et que je vivais les trucs les plus horribles qui existent. Ma vie n’a pas et n’était pas facile, c’est vrai, mais je n’étais pas la seule à être dans le cas. Je vivais avec des lunettes noires, grises foncées au mieux et c’était vraiment pénible.

Je ne sais pas ce qui m’a fait changer ou en tout cas, évoluer. Le temps, les thérapies, mon fils, une confiance en moi naissante, des expériences heureuses? Sûrement un mélange des cinq.

J’ai appris à hiérarchiser la merde. Là, c’est la colonne des grosses merdes, là des petites et là des détails. J’ai compris que des problèmes il y en avait, il y en aurait, tout le temps, et que la seule chose sur laquelle je pouvais agir, c’était mon moral (à défaut de ne pas pouvoir le faire sur mon corps défaillant) pour pouvoir les affronter.

Je me suis entrainée (je m’entraîne) à voir le positif dans les situations merdiques, à relativiser en beau français et à tirer tout ce que je pouvais des belles expériences.

J’ai aussi pris conscience du fait que même mon enfance que j’estimais heureuse et que j’avais, énormément, idéalisée n’avait pas été parfaite. Loin de là. Il y avait eu des tas d’injustices et une ambiance plutôt pourrie à la maison. Je me suis dit que si, à cette époque, j’avais été heureuse malgré tout , je pourrais  l’être aussi adulte. Les problèmes ne disparaitraient jamais mais peut-être que ma façon d’appréhender les choses pourrait me faire en tirer du beau et puis, surtout, je suis plus armée et moins vulnérable que lorsque j’étais gamine.

Enfin, j’ai cherché à devenir ma meilleure amie  et à m’aimer beaucoup parce que j’ai compris que la seule personne qui, j’en suis sûre, m’accompagnerait toute ma vie, c’est moi et moi seule.

Aujourd’hui, la vie reste très imparfaite mais lorsque je me bats, je lutte, il y a des choses qui changent en mieux. Il va de soi que je ne suis pas maîtresse de tout et qu’il y a des tuiles identifiées, d’autres indéterminées, qui pourraient m’arriver et contre lesquelles je ne pourrais rien, mais de plus en plus souvent, j’arrive à rester focalisée sur ce qui marche et à garder tout ce qui pourrait mal tourner dans un coin de ma tête (oui, ça reste parce que, que voulez-vous, je suis anxieuse), sans m’en rendre malade (de toute façon, ça ne sert à rien).

Simplement, je suis plus forte. Pas inébranlable, pas incassable, pas inaltérable, non, juste plus forte. J’en suis là et je ferai tout pour que ça continue …

November inside

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Il s’est passé beaucoup de choses  cette semaine. Un fantôme qui ressurgit du passé et qui disparait aussi vite qu’il n’est apparu, une rencontre spéciale et un tsunami émotionnel ont été au rendez-vous.

Je ne sais pas par où commencer. Novembre pour moi n’est jamais un mois anodin. C’est le mois où il y a 26 ans, pour la première fois, j’ai été hospitalisée pour cause de leucémie , c’est le mois où 15 ans plus tard, j’ai du rentrer d’Espagne en urgence avec une dépression grosse comme une maison et c’est le mois où il n’y a pas deux ans, le mec que j’ai le plus aimé depuis la rupture d’avec le père de mon fils,  ne trouve rien  de mieux à faire que de m’envoyer un sms pour m’informer du fait « qu’il ne serait pas amoureux de moi… » (ramasses ça dans la tronche et digères-le comme tu peux…).

Novembre est un mois où je rentre dans ma carapace, un mois où je réfléchis beaucoup, un mois où j’ai la sensation que l’année se meurt.

Il y a des années où ce mois passe plus facilement et d’autres (surtout avant) où c’est juste si j’ai pas envie de me jeter dans le canal (à Bruxelles, le fleuve a été remplacé par un canal il y a 1,5 siècles).

Cette année, je sens que c’est dur, que j’ai hâte d’être à vendredi soir mais que je tiens et que comme je vous le disais dans ce début d’article décousu, je réfléchis. J’agis aussi mais je suis, surtout, en instrospection. Dans cette torture psychologique,  j’ai vraiment compris une chose, à savoir  que, pendant cette fin d’année, j’ai besoin de me faire plaisir, d’oublier mon mental.

Je suis quelqu’un qui carbure tout le temps au mental, en mode trouvaille de solutions et  qui, si elle ne se bat pas pour quelque chose, ne sait pas quoi faire de sa peau (j’ai été élevée comme ça, que voulez-vous?) mais là, je n’ai plus envie. Pour cette fin d’année, j’ai envie de me raccrocher à n’importe quelle chose qui fera du bien à mon corps. J’ai envie de cacher les soucis sous le tapis, et juste de me faire du bien, sans culpabiliser. Danser, chanter, rire, boire (pourquoi pas?), me balader, sortir, tenter une nouvelle escapade (c’est beau de rêver) et puis, basta.

Une petite voix en moi me dit que ce n’est pas la meilleure des choses à faire, que c’est encore une de mes idée farfelue (#pajarosenlacabeza), que ce n’est pas le moment, que je devrais plutôt m’engager dans ceci ou cela ou encore prévoir cela. Vous savez quoi? Je l’emmerde ignore. J’ai besoin de légèreté et oui, je ferai, je promets, je ferai.

Si cela vous dit, rejoignez le mouvement et partagez vos idées.

 

La culpabilité de ne pas travailler

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Dans ma série, la culpabilité de…, il reste encore le phénomène de la culpabilité de ne pas travailler , que je vais traiter aujourd’hui, ainsi que la culpabilité de ne pas être une maman parfaite.

Pour parler de la culpabilité de ne pas travailler, je vais illustrer mon article par une anecdote que je situe à lundi dernier.

Lundi, j’avais « atelier d’écriture » et avant de se mettre à écrire, l’animatrice a l’habitude  commencer par un tour de table pour voir comment nous nous sentons. Ce lundi, les mots qui sortaient de nos bouches étaient: grognon, faible, fragile, morose (je pense que ça doit être du fait de la lumière qui commence à décliner fortement). Jusque-là, rien d’anormal et puis, le tour de Mireille , une dame d’environ 60 ans arrive et c’est le drame: elle, elle, éclate littéralement en sanglots.

Mireille explique qu’elle a été victime il y a pas mal d’années d’un accident et que la conséquence de cet accident a été une perte plus que partielle de sa vue. Depuis,  Mireille n’a plus pu travailler, a parfois frôlé la clochardisation quand ses 4 filles étaient gamines  et culpabilise parce qu’elle se sent inutile. Elle termine en expliquant qu’elle ne sait pas ce qui lui a pris de se confier comme ça, sur ce sujet, que ça ne lui arrive jamais.

Ces confidences m’ont touchée bien évidemment mais aussi étonnée car jusque-là, je pensais naïvement que le sentiment de culpabilité de ne pas travailler était réservé aux jeunes qui n’arrivent pas à s’insérer professionnellement dans la société.

Alors le beau message de la société, répétons-le. Il s’agit de:  étudies et tu auras un diplôme…Obtiens ton diplôme et tu trouveras un job, maries-toi, ais des enfants, achète une maison, une voiture et un chien. Je caricature mais ne pense pas être loin de la vérité. Le problème c’est qu’atteindre ce soi-disant Gräal pour beaucoup de gens est illusoire, surtout de nos jours.. Pour les personnes différentes, handicapées ou (un peu) malades, rentrer dans ce moule imposé est plus compliqué. C’est normal dans l’anormalité et ce n’est en aucun cas de leur faute.

Moi, je l’ai compris début 2015, quand je me suis rendue compte que mes soucis de santé, même s’ils ne portaient pas de nom, étaient gros et handicapants. C’est tout naturellement alors et presque imperceptiblement que j’ai cessé de culpabiliser.

Je ne suis pas pour autant fan de ma situation et il y a trois semaines par an où je me sens bien malheureuse mais j’ai bien conscience d’avoir poussé toutes les portes existentes et imaginaires et que jusque-là, on me les a toutes fermées au visage. Il y a toujours toujours quelque chose qui cloche.

Malgré tout ce négatif, je n’ai pas arrêté de lutter . C’est juste qu’à nouveau, j’ai lâché prise et que j’ai décidé que je n’allais pas  me rendre encore plus malade pour faire plaisir à la société .Ma mère dit qu’on a de la chance d’être en Belgique, qu’ailleurs, si on m’entendait parler comme ça, on m’aurait déjà retiré tous mes droits…C’est parce qu’elle a mal compris mon message qu’elle me dit ça, qu’elle a rejoint le club des nombreux qui pensent que je m’en fiche, alors que non…Je ne me tourne pas les pouces pour autant, j’insiste, je suis en constante recherche de solutions mais comme je l’ai dit plus haut, je ne m’autodétruis plus pour ça…

Article lié: Le travail, c’est la santé

Mireille, quant à elle, semble être bloquée dans l’ancien schéma, celui qui fait qu’on pense être responsable de quelque chose…alors que soyons honnêtes, dans ce genre de contexte, on n’a pas prise sur grand chose. Dans son cas ,  on voit bien qu’il n’y a pas de raison de culpabiliser, qu’elle ne profite pas, comme il serait facile de le penser. Elle cumule âge, handicap et s’occupe avec  plein d’activités.

J’ai eu envie de la prendre dans mes bras et de lui expliquer mon point de vue mais au lieu de ça, je suis restée muette, un peu paralysée par la peur de ne pas être prise au sérieux (je pourrais être sa fille). J’espère juste qu’elle aura le déclic avant qu’il ne soit trop tard.

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Comment j’ai surmonté ma dépression? #3 La culpabilité de s’en être sortie vivante

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Dans mes précédents articles sur le sujet, je vous ai parlé de comment j’avais appris à m’écouter et de l’arrêt des médicaments. Celui-ci et les suivants seront consacrés au sentiment de culpabilité dévorant que j’ai éprouvé pendant près de 20 ans. Je vous assure que s’ils avaient mis une photo à côté du mot « culpabilité » dans le dictionnaire, ça aurait été celle de ma tête, tant ce sentiment était puissant chez moi.

Pour plus de clarté (et parce que je me suis rendue compte en commençant à rédiger que le texte allait être bien trop long), j’ai décidé de diviser cette partie en plusieurs sous-parties.

Celle-ci sera consacrée à la culpabilité de s’en être sortie vivante.

Lorsque je suis tombée malade, les infirmiers et l’entourage m’ont vite fait comprendre que j’étais trop grande pour me plaindre, que je devais tout supporter parce que parmi les enfants, j’étais dans les plus grands.

Ce  message a eu des conséquences dramatiques sur ma personne. Comme autour de moi, je voyais s’éteindre des gamins que je trouvais tellement plus courageux, tellement plus lumineux que moi, je me suis mise à penser que je ne méritais pas cette seconde chance qui m’était offerte et que, visiblement, je n’avais pas reçu le mode d’emploi de la vie. Oui, rien que ça.

Ce sentiment, je l’ai ressenti très fort jusqu’à 26-27, voire 28 ans. A 27 ans, j’ai commencé une thérapie et ma psy (une pro vraiment bienveillante et généreuse, je tiens à le souligner) m’a fait comprendre que je souffrais d’un syndrome post-traumatique jamais diagnostiqué et par conséquent, jamais traité. J’ai accepté son diagnostic et ai commencé à parler de ma maladie plus facilement (jusque-là, j’en avais fait un véritable tabou). Cependant, je me suis vite aperçue qu’il manquait quelque chose à ce diagnostic parce que d’accord, j’en parlais plus facilement mais je continuais à me sentir coupable d’avoir éprouvé un mal-être et d’avoir fait une dépression alors que j’avais réussi à me sortir d’une maladie très très mortelle.

En 2016, la chance ou la providence, je ne sais pas, ont mis Magalie Mertens du blog vie et cancer sur mon chemin. Magali, c’est une fille qui a attrapé un cancer des glandes salivaires (oui, oui, ça existe) alors qu’elle avait tout juste 30 ans et était, vachement, enceinte. C’est une fille qui comme moi est tombée dans un espèce d’abysse après avoir terminé tous ses traitements et être déclaré en rémission. Elle, ce qu’elle a fait, c’est chercher pourquoi on ressentait ça alors que merde, vu qu’on était en rémission, on aurait du se sentir bien, non? Grâce à ses recherches, elle s’est aperçue que ce sentiment et la dépression post-traitement étaient quelque chose de très fréquents. Pourquoi? parce que lorsqu’on est en traitement, on subit, on est tout le temps le nez dans le guidon, on a 10000 rendez-vous médicaux, on est souvent très entourés. On n’a pas le temps de réfléchir à ce qui nous arrive. Or, à partir du moment où l’on est déclarés en rémission et qu’on termine la phase de traitements lourds, il nous est, non seulement, donné tout le loisir de penser mais en plus, beaucoup de gens qui étaient là pendant le pire disparaissent avant le meilleur. « Ben oui, puisque vous êtes sortis d’affaire, rien ne sert de s’inquiéter et puis, faut pas se plaindre surtout, car d’autres n’ont pas votre chance et sont restés sur le carreau ».

Un poids est tombé lorsque je l’ai rencontré et que j’ai compris que je n’étais pas la seule à avoir éprouvé ce genre de sentiments, que limite, c’était normal et plus que courant.  Lorsqu’on vit ce genre d’épreuves, notre vie s’en trouve transformée à jamais et il n’est pas si facile de se remettre sur des rails qui se dirigent dans la direction qui nous correspond le mieux. D’ailleurs, en ce qui me concerne, je n’avais que douze ans et pas encore les armes dont disposent les adultes pour affronter tout ça.

Je ne le dirais jamais assez:

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La médecine à deux vitesses? Ben non, c’est pas un mythe

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J’écris un peu cet article pour me défouler. Me défouler de ce que j’ai, vraiment, fini par comprendre hier.

Hier, j’avais rendez-vous avec un nouveau médecin . Mon but était de passer un check-up, de voir où en étaient mes carences et de découvrir d’où venaient tous mes symptômes physiques pour enfin retrouver la santé. Ce docteur m’avait été conseillé par une amie qui m’avait dit: « elle est chère (80€ la consultation!) mais tu verras, elle t’écoute et te fera passer un bilan ».

Arrivée à l’adresse de consultation, je trouve l’ambiance un peu trop bobo, baba cool. Deux personnes attendent en même temps que moi dans la salle d’attente. Un monsieur d’environ 50 ans commence à me parler. Il me dit que je suis tombée entre de bonnes mains, que je vais en ressortir apaisée, avec des solutions. Je précise que je ne lui ai rien demandé, rien raconté de mes soucis de santé .

Le docteur me reçoit. Son cabinet ne ressemble pas à un cabinet classique. Il y a des tas de pierres, grigris sur son bureau,. Elle ne ressemble pas à un médecin classique. Elle est habillée en hippie. Je tente de me rassurer, me dis que je suis parano, que je dois être plus ouverte, mais déjà, j’ai envie de m’enfuir.

Je lui raconte mon parcours médical. Elle me pose des questions mais je ne la sens pas empathique. Dans ses propos, je la trouve même assez condescendante vis-à-vis de mes démarches passées, de l’attitude des médecins que j’ai vus avant elle, du déroulement des thérapies que j’ai faites. Par contre, je sens qu’elle en a sous le pied, qu’elle connait beaucoup de choses et ses connaissances s’accordent avec celles que j’ai sur mes propres ennuis de santé et les traitements possibles.

Elle m’examine, me pèse et ne fait aucun commentaire.

On va se rassoir et là, elle me sort qu’étant donné ma situation financière, elle ne pense pas que je puisse me payer la prise de sang complète qu’elle préconise mais qu’elle ne croit pas s’avancer en disant qu’étant donné les symptômes que je lui ai décrit, il est presque certain que je dois avoir cette carence ci, celle-là et puis encore celle-là. Elle ne me propose aucun examen, rien. En revanche, elle me tend une prescription de pas moins de 7 compléments alimentaires et me demande si je veux déjà les prendre chez elle. En calculant, je me rends compte que j’en ai pour au moins 200€ +les 80€ de la consultation. Je lui réponds que je n’ai pas cette somme d’argent sur moi et elle me donne les coordonnées des labos où je peux aller les chercher. On fixe un nouveau rendez-vous (que je vais annuler) pour dans un mois.

Je prends les papiers, paye et en ressort abêtie (oui, c’est bien le mot). A dire vrai et c’est ce qui m’a choquée, c’est que j’ai bien vu qu’elle savait. Je veux dire qu’elle avait des clefs pour me faire aller mieux, voire bien, qu’elle était intelligente, douée dans ce qu’elle faisait mais qu’elle ne me soignerait pas parce que je n’ai pas les moyens de m’offrir ce qu’elle a à me proposer et qu’elle ne va surtout pas se casser la tête pour m’aider à trouver des solutions moins chères mais peut-être, tout aussi efficaces (je suis sûre qu’elles existent). Elle propose un type de compléments et une prise de sang, voire des examens spécifiques à ceux qui semblent en avoir les moyens. Sa démarche est peut-être holistique mais pas du tout personnalisée, pas du tout généreuse.

Trouver ce que j’appelle un véritable médecin, à savoir une personne qui cherche vraiment à soigner ses patients en tenant compte de leur état de santé physique,psychique, parcours et moyens financiers est, pratiquement, impossible.

J’ ai compris qu’en ce qui me concerne, du-moins en Belgique, j’avais juste les moyens d’aller chez un docteur qui me bourrera de médicaments qui ne feront que cacher des symptômes en m’en faisant développer d’autres mais pas de me payer une vraie médecine qui va me remettre sur pied. En prendre conscience, je ne vous le cache pas, m’a mis un sacré coup au moral.

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Comment j’ai surmonté ma dépression : #2 arrêter les médicaments

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Comme je vous le disais à la fin de mon premier article sur le sujet, celui-ci sera destiné à l’arrêt des médicaments.

J’aimerais vous situer le contexte sans rentrer trop dans les détails  cette fois (v.ici). Je voudrais commencer par vous dire que je n’ai jamais été très « portée  » prise de ce genre de traitement. J’ai été poussée par les médecins. Je n’aime pas me poser en victime mais devant leur insistance (j’en ai vu 3) et lorsque le médecin traitant qui me suit depuis mes six ans me sort: « tu prends ça pendant 3-4 ans et ton souci sera réglé’ alors que j’ai l’impression d’être tombée dans un puits sans fond, je ne me fais pas prier longtemps. Or, je sais, à présent, que pour un mal-être comme le mien et des angoisses, il existait pléthore de solutions sur lesquels jamais les médecins ne se sont exprimés. Non, il était bien plus commode de faire une ordonnance tous les x et de ne plus se poser de questions entre deux rendez-vous.

Les médicaments et moi, on n’était, de toute évidence, pas faits pour s’entendre car très vite, j’ai souffert d’importants effets secondaires. Ces médicaments me tuaient à petit feu. Pour être plus précise, il s’agissait de douleurs dans tout le corps  ( je me levais le matin avec la sensation d’être passée sous un train), d’une énorme sensation de fatigue, de davantage de soucis digestifs, d’espèces de secousses dans les membres et franchement, je n’avais pas l’impression de faire de gros  progrès. En fait, je ne savais jamais s’ils étaient vrais ou si c’était le médicament qui endormait le mal-être. D’ailleurs, il  n’a jamais, vraiment, disparu sous antidépresseur. Non, pendant toutes ces années, j’ai vécu dans un espèce de brouillard permanent, la tête ailleurs, sans véritablement ressentir les choses, ni les grandes joies, ni les grandes peines, mais en continuant à ruminer dessus. Peut-être moins au début et puis, de plus en plus au fur et à mesure que mon corps s’accoutumait à la substance. Ma colère (salutaire et légitime), quant à elle, était comme adoucie et elle n’a pas attendu longtemps pour se re-manifester après le sevrage. Les antidépresseurs cachaient quelques symptômes, tout en m’en faisant développer d’autres, sans rien faire disparaître pour de bon.  En résumé: cela ne réglait rien.

Je ne sais pas si c’est le cas de beaucoup de gens sur le court terme mais sur le le long terme et au vu des cas que je connais (qui sont assez nombreux dans ma tranche d’âge) , ils peuvent faire beaucoup de dégâts. En ce qui me concerne, j’en ai pris pendant sept ans et sept ans, c’est le long terme. J’ai été sous cinq médicaments différents (il va de soi que je ne dirais pas lesquels). Trois pour fonctionner le jour et deux pour dormir la nuit. Pas en même temps, je vous rassure. Je n’étais pas aussi atteinte tout de même. Dans mon cas, c’était un le matin et un le soir.

J’ai arrêté parce que j’avais retenu le délai que m’avait donné le médecin et qu’au bout de ce délai, j’avais l’impression d’être bien dans ma tête.  J’ai arrêté parce que je ne dormais presque plus et parce que, tout simplement, je sentais que je ne pourrais plus continuer à m’occuper seule de mon fils si je ne mettais pas  un terme à cette addiction. A l’époque du début de sevrage, je me séparais de mon compagnon et j’étais incapable de me lever la nuit pour mon bébé de 13 mois à peine ( Je ne dormais pas vraiment mais j’étais dans le gaz si vous voulez). Nous allions devoir déménager et je n’avais pas le choix, il fallait que je sois « opérationnelle » s’il avait un souci pendant la nuit.

Je pense que stopper le traitement a été l’une des meilleures décisions que j’ai prise jusque-là. Arrêter m’a aidé à prendre confiance en moi dans la mesure où à partir du moment où mon sevrage fut terminé, j’ai su que toutes les améliorations que je ressentais venaient de moi et que mon bien-être ne dépendrait plus que de ce que moi, je ferai et de la chance (oui, parce qu’elle existe).

Mais cela n’a pas été facile…

Il y a eu les douleurs, la recrudescence des angoisses, des phobies et un genre de dépression résiduelle.

Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de visualiser une échelle de bonheur allant de 0 à 10 et je peux vous dire que pendant la première année sans drogues légales, mon niveau de félicité oscillait entre 3 et 6. Il m’arrivait d’avoir tellement d’angoisses et de crises de larmes pendant cette première année que j’ai cru ne jamais pouvoir vivre sans. Le psychiatre que je voyais, à ce moment-là, a d’ailleurs voulu me prescrire un autre antidépresseur, un traitement qui nécessitait de se soumettre à des prises de sang régulières dans la mesure où il pouvait avoir des effets néfastes sur le foie. J’avais déjà vécu trop de choses au niveau médical, il le savait, je l’ai envoyé sur les roses. J’ai un bug de un ou deux mois, je ne me souviens plus exactement de quand mais je sais qu’après cette épisode, j’ai du avoir un genre de déclic parce que j’ai arrêté de penser que je ne pourrais pas m’en sortir sans.

J’ai mis 26 mois pour arrêter, je remonte la pente très petit à petit depuis le sevrage (je sens que je m’approche du sommet :)) et j’ai, récemment, aidé une amie à se passer de ces drogues.

Le prochain article sera consacré au sentiment de culpabilité.

Je ne l’ai pas dit dans l’article précédent mais n’hésitez pas à me poser des questions ou à me faire part de vos remarques. Je serais ravie d’échanger avec vous.

Besoin de plus d’infos et de témoignages encore plus effrayants que le mien, c’est par ici: http://psychotropes.info/wordpress/ et https://www.youtube.com/watch?v=I_3PlFPseYc

Un film à vous conseiller sur les mauvais diagnostics et leurs conséquences, c’est ici: http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=228729.html

Comment j’ai surmonté ma dépression #épisode 1: apprendre à s’écouter

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L’heure est arrivée pour moi de vous raconter au travers d’une série d’articles, comment je suis parvenue à me sortir de ma dépression. Enfin, dépression est un grand mot. Comment vous expliquer? Dans ma vie, j’ai vécu 3 épisodes dépressifs. Un tout petit lorsque j’avais 13 ans, un plus long à 24 ans et l’enfer à 26 ans. Je pense, en fait, que les épisodes dépressifs se présentaient à moi lorsque je n’en pouvais, vraiment, plus et que je n’avais pas encore trouvé de solutions pour continuer à m’accrocher. Pour le reste, il s’agissait plus d’un mal-être que je traînaillais depuis la fin du traitement chimio (v. ici). J’ai eu besoin de 24 ans pour m’en sortir. Oui, vous avez bien lu: 24 et j’en ai 37.

Je crois que mon cheminement vers la guérison a commencé en 2002 (je sais, ça a été très long). En 2002, je suis partie en Erasmus et pour la première fois de ma vie, j’ai pu prendre du recul par rapport à mon entourage: mes parents, ma famille au sens plus large, certains de mes amis. J’ai compris que je laissais mon bonheur au bon vouloir des autres. A cette époque, j’étais persuadée que je ne savais pas ce qui était bon pour moi et j’écoutais ce qu’on me disait de faire ou bien j’improvisais.  En fait, je voulais qu’on m’aime coûte que coûte car j’étais certaine qu’en moi, il y avait un défaut de fabrication, un vice caché, quelque chose qui clochait et que personne ne pouvait m’aimer si je me « contentais » simplement d’être moi. Il n’y a pas si longtemps que j’ai compris que cette croyance venait de mes années de harcèlement à l’école, au travail et de toutes les remarques de mon entourage, justement, sur ma prétendue bizarrerie et faiblesse. Entourage, d’ailleurs, qui n’hésitait pas à me dire que si on me harcelait, c’était forcément ma faute. Allons donc. N’importe quoi. La vérité c’est que je n’étais pas entourée de gens qui me voulaient du bien. Après ERASMUS , j’ai, instinctivement, tout doucement, commencé à m’écouter et à m’opposer lorsque ce qu’ils me disaient allait à l’encontre de ce que je pensais, ou plus précisément, ressentais être bon pour moi. Inutile de vous dire (mais je vous le dis quand même) que cela ne leur a pas plu. Les critiques ont fusé et bientôt, les disputes et éloignements ont suivi. J’ai été très seule pendant un long moment.

Dans le prochain épisode, je vous parlerai de mon choix d’arrêter les drogues vendues sur ordonnance et des conséquences positives que cette décision a apporté dans ma vie. So, stay tuned.

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Il y a un an, je me suis rasée la tête

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Enfin non. Oui. Pas tout à fait. Je ne voulais pas non plus me retrouver comme à douze ans. La vérité c’est que j’ai laissé environ un centimètre derrière et 2,5 cm dessus.

Ce n’était pas un coup de tête. J’y pensais depuis longtemps mais le fait est qu’aucun coiffeur n’avait accepté jusque-là. « Non mais vous êtes folle, vous allez regretter » « Non, mais vous avez trop de masse, ça va gonfler, ce sera moche » qu’on me disait.  J’avais les cheveux mi-longs et le mieux que j’arrivais à obtenir c’était un carré court. J’en avais marre. Marre d’avoir toujours la même tête, marre parce que mes cheveux étaient abîmés par le sevrage, marre parce je me sentais « éteinte » avec mon allure.

J’ai demandé à Adam* (mon coiffeur actuel) et lui, il a accepté.  Enfin.

J’étais avec deux copines ce jour-là et je sais que jamais elles ne se seraient attendues à une demande pareille. Moi, j’étais sûre. Je n’avais pas peur. Je savais que ça m’irait bien. J’avais des (vagues) souvenirs de ma période post-chimio avec mes « nouveaux » petits cheveux et les compliments que je recevais.  Mon visage n’a pas vraiment changé, malgré les années qui se sont écoulées, alors je n’ai pas eu  l’impression de prendre un si gros risque.

Adam a travaillé petit à petit.  Il voulait que je puisse lui dire d’arrêter si je trouvais que ça devenait trop court. Moi, je l’ai laissé faire. Il a pris beaucoup de temps. Il s’était lancé une mission « relooking », je crois.

Quand il a eut terminé, il m’a trouvé tellement jolie qu’il a voulu me maquiller. J’ai joué le jeu. C’était un moment de ceux dont on sait directement qu’ils sont spéciaux et qu’ils resteront gravés dans le temps, un moment dont on sait qu’il faut profiter.

Mes amies n’en revenaient pas et moi, j’avoue, je me sentais chauve, et en même temps, libérée d’un poids. Je n’ai pas compris pourquoi.

Je ne sais pas non plus pourquoi mais  j’ai également pensé à toutes mes « soeurs de cancer » et je me suis sentie solidaire. Et puissante aussi car cette fois, c’est moi qui avais décidé. La coupe ne m’avait pas été imposée. C’est moi qui avait choisi de porter les cheveux si courts.

Et puis, voilà, que moi qui ne m’étais jamais sentie belle, je prends confiance en mon physique et  vite, je cherche à me (re)mettre en valeur avec : un peu plus de maquillage, des accessoires, des jolies tenues. C’est pas qu’avant je me promenais en mode « camionneuse », hein, mais je ne me retrouvais plus dans aucun style depuis mon accouchement. Un mystère, encore.

La vie, quel paradoxe, j’ai envie de dire.

Bref, si j’ai voulu partager cette anecdote (inspirée par cet article, d’ailleurs) avec vous c’est parce qu’on dit toujours que le physique n’a pas d’importance, que ce qui compte c’est l’intérieur, blablabla mais moi, depuis, je pense que, parfois, un changement extérieur peut donner un coup de boost en  dedans. En tout cas, moi, cette coupe m’a fait beaucoup de bien.

*Adam ne s’appelle pas Adam en vrai 🙂

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