Protégé : Le trou noir

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Le travail, c’est la santé …

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Pour moi, avant, le boulot, c’était comme pour tout le monde: un gros « C’est comme ça » On naît, on joue, on va à l’école, on bosse. C’était comme ça depuis la nuit de nos temps et je n’avais jamais réfléchi à la question.

Personnellement, j’ai été une excellente élève qui, n’avait presque aucun effort à fournir pour réussir. Et comme si ce n’était pas suffisant, je cumulais, en plus, le profil type de la « bosseuse » qui n’avait pas peur de mettre la main à la patte. C’est donc très tôt que j’ai commencé à enchaîner les petits boulots en plus de mes études (Premier job: peinture de fenêtres et de portes, c’est dire si j’étais motivée haha).

Ma première baffe, je me la suis prise, le jour où j’ai obtenu mon diplôme de traduction. Je ne savais absolument pas quoi faire.Je n’avais qu’une piste:  ne pas perdre 40 heures/semaine  dans un taf qui m’ennuierait à mourir ou dans lequel je ne me sentirais pas utile. Quarante heures pour moi, c’était significatif.

J’ai donc cherché mon Graal particulier. J’ai envoyé des tas de cv (genre 1000) pour les fonctions qui m’intéressaient, enchaîné des emplois horribles et/ou très mal payés (a.k.a Barcelona 2007) comme salariée, des formations et puis, je suis tombée malade (dépression).

Sous médicaments, je n’étais pas la même (physiquement et psychiquement)  et j’ai, par conséquent, pensé que la formule « traductrice-correctrice freelance »  à mon compte me siérait mieux. J’ai alors suivi des parcours d’intégration pour devenir entrepreneure, bénéficié  d’un coaching dans la maison de l’emploi de mon quartier, etc.

Au début, je n’ai pas eu de problème à trouver de contrats (en noir, cela va sans dire) mais j’ai vite remarqué le souci « paiement ». Ce n’est pas que les gens ne me payaient pas, comme je lis souvent, mais qu’ils me payaient des cacahouètes et trouvaient ça tout à fait normal (j’ai même eu droit à une maison d’édition qui voulait, en plus du livre que j’avais traduit pour eux trois mois auparavant, m’ajouter un supplément à traduire gratuitement!!!!).

Pour compléter ces contrats intéressants au niveau du contenu mais tout à fait foireux, au niveau financier, j’ai longtemps cherché un mi-temps . Je n’étais pas bien difficile mais les patrons prétextaient toujours que j’étais  surqualifiée, qu’ils n’acceptaient pas plus d’un bac+3 ou que j’allais m’ennuyer, pour ne me pas m’engager. Ma vie pro, c’était donc contrats foireux + chômage + cours (+stage) pour ajouter des cordes à mon arc, jusqu’au jour où je suis retombée malade (fin de sevrage) et que, finalement, j’ai été obligée de m' »asseoir » pour me pencher sur la question.

Les dix ans après  diplôme, en gros, j’ai compris que je les avais passés à culpabiliser. Cela n’avait rien de  normal, dans la mesure où, tout ce que j’avais fait, c’était chercher à m’intégrer de toutes les manières possibles et imaginables. J’avais fait des démarches, travaillé, étudié, accepté le tirage d’oreille (littéral) (quand j’étais étudiante), le harcèlement moral, les salaires de misères, le bore-out (ce mot n’existait pas à l’époque où je l’ai connu), les entretiens par téléphone, supprimé mon diplôme de mon cv pour avoir plus de chances, etc…Et tout ça pour quoi? Pour rien, pour me sentir comme une merde. Ma confiance en moi? Morte et enterrée. Mes seuls péchés? ne pas rentrer dans les cases et avoir une santé plus fragile. En résumé, il y a toujours eu quelque chose chez moi qui a fait que ça ne colle pas.

Mon sevrage catastrophique m’a éloigné (physiquement, psychologiquement, cérébralement) du monde du travail pendant deux années entières (j’étais trop mal) et lorsque la question de retrouver une nouvelle occupation professionnelle s’est reposée, j’ai senti que je ne pourrais plus jamais rentrer dans un parcours classique. J’étais, je suis dégoutée. J’ai aussi compris  que notre éducation (école+maison+ blablas politiques) fait que tous, nous vivons sans réfléchir, comme des moutons obéissants qui acceptent des choses inadmissibles. Tout ça, pour un salaire. D’ailleurs, pour la plupart, il est, tout à fait, inenvisageable d’imaginer une autre voie que celle du boulot qu’on n’aime pas mais qu’on fait quand même parce qu’on doit pouvoir payer nos loyers, nos factures et un poil plus, si on a de la chance .

Alors, je ne sais pas qu’elle est la trajectoire à suivre (je la cherche mais ne l’ai pas encore trouvée ) pour parvenir à sa juste place et gagner des sous (le nerf de la guerre, n’est-ce-pas?). Je sais juste que moi, ce n’est qu’à partir du moment et seulement du moment où j’ai été contrainte de me poser pour sauver ma peau et ne plus penser boulot que j’ai commencé à m’écouter et à me lancer dans des projets qui me plaisaient vraiment .

Je trouve ça triste qu’il faille en arriver là mais je me sens chanceuse d’avoir réussi à sortir de l’ancien schéma. Malheureusement, le problème suivant se pose: je vis dans un système en déclin mais toujours dominant, à l’heure actuelle, et je suis bien consciente qu’ à moins de gagner à la loterie (faudrait déjà jouer), il arrivera un jour (pas très éloigné) où je devrais me plier à certaines règles qui me rebutent pour pouvoir continuer à payer mon loyer, mes factures et un poil plus, si j’ai de la chance.

Je vais être honnête: je n’en ai pas envie et je ne me sens pas capable de retourner au point « galère ».

Alors, je reprends la formule du titre et j’ajoute: »Le travail, c’est la santé, peut-être, mais à ce prix-là, je n’y crois pas. Les projets qui nous tiennent à cœur, ne pas rester à rien faire, c’est la santé…mais se « prostituer » pour quelques euros? Non, vraiment, je n’y crois pas.

 

Mot préféré: liberté

liberté, c'est quoi

Aujourd’hui, je vous propose un texte sur  mon rêve de liberté. Oui, un rêve car sérieusement, sommes nous libres? C’est un sujet auquel je réfléchis beaucoup. Depuis de nombreuses années, déjà. Et franchement, je ne crois pas que nous le soyons entièrement. Il y a toujours des obligations, des devoirs, des images auxquelles nous voudrions coller.

Alors, du coup, la liberté pour moi, ce serait:

« De pouvoir respecter mon propre rythme, m’écouter, sans me bousculer, sans me forcer, sans craindre les lendemains.

De ne plus dépendre des décisions d’un gouvernement cupide et un peu plus inhumain chaque jour.

De pouvoir choisir en me donnant le droit de changer d’avis, de bifurquer, si le résultat, finalement, ne me plaît pas.

D’arrêter de me poser des questions,

D’arrêter d’avoir peur.

D’oser, sans penser aux conséquences.

De me donner le droit d’être triste, lâche, désagréable, incohérente, inconséquente, politiquement incorrecte, fainéante, quelques fois.

De ne plus  tenir compte de l’avis des autres.

De ne plus avoir besoin de plaire.

De me sentir le droit d’aimer qui je veux comme je le veux.

De rester fidèle à moi, à qui je suis. De ne plus jamais avoir à jouer de rôle. « 

J’en suis arrivée là dans ma réflexion. Comme vous le voyez, il y a encore du boulot. Et vous, en ce qui vous concerne, quel est votre rêve de liberté?

 

 

Ce sentiment de décalage

décalage

Lorsque j’ai fait la démarche du « test de QI », c’était dans un but précis : je voulais savoir si mon sentiment de décalage était du à un profil hp ou à mon parcours leucémie + galères.

Je me doute que tout le monde ne se lance pas dans cette démarche lorsqu’il ne se sent pas en phase avec le monde, les gens, l’univers bref, vous avez compris l’idée, mais en ce qui me concerne, ma façon de fonctionner s’accordait tellement à celle des personnes  surefficientes (j’en parle ici) que la question s’est imposée et m’a parue légitime à un moment.

Je me suis donc lancée dans l’aventure »dépistage hp » et entre temps, j’ai posé ici mon parcours et en posant mon parcours, j’ai tilté et, finalement, compris que, au vu de mon vécu, je ne pouvais pas me sentir en phase avec la société, avec ou sans QI très élevé. J’ai trop longtemps fait partie des exceptions, j’ai vécu trop de choses qui ne sont pas conventionnelles, qui n’étaient pas de mon âge et je dois me l’avouer, il y a pas mal de temps que je suis sortie du système. Je ne vois d’ailleurs pas comment, avec mes idées et mes « fragilités », je pourrais y rerentrer, mais je me rends compte, qu’il s’agit là d’un autre débat.

En écrivant ces mots, je prends aussi conscience du fait qu’il y a en moi une ambivalence très marquée. Il y a deux personnes à l’intérieur: quelqu’un de raisonnable qui voudrait se fondre dans la masse et être comme tout le monde, car elle se rend compte que c’est toujours plus facile, et une autre qui sait qu’il n’est pas sain de s’adapter à une société malade, qui est fière de son « originalité », de s’en être sortie jusque-là, malgré tout, et qui ne comprend pas les gens « normaux ».

Je sens que trouver ma place passera par l’acceptation complète et permanente de qui je suis, avec mes défauts, mes qualités, mes incohérences, mon passé et peut-être, cette ambivalence.  Ma distance avec la norme n’aura, je crois, alors plus grande importance. Y parviendrais-je? Seul la vie le dira. En attendant, je travaille pour. On verra.

 

Le goût du bonheur

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Le bonheur, qu’est-ce que c’est?

C’est une question bateau, certes, mais une question légitime que l’on se pose tous à un moment ou à un autre. Souvent, quand il n’est pas/plus. Le bonheur, comment on le trouve? qu’on se demande alors.

Et si on le trouve, est-ce qu’il peut durer tout le temps?

Je pense que pour chacun, ça se passe pareil et différemment à la fois. On cherche tous plus ou moins la même chose et ce ne sont que les moyens pour y arriver qui varient.

Moi, qui a eu la leucémie, j’ai longtemps cherché à brûler la chandelle par les deux bouts, comme on dit. Rattraper le temps perdu, l’insouciance volée et m’évader dans des plaisirs éphémères. Je voulais accumuler les expériences en tous genres, tout le temps. Je ne me posais jamais ou en tout cas, pas longtemps car dans ma quête, il y avait un grand problème: je n’étais pas bien accompagnée, et comme je n’étais pas bien accompagnée, rien ne pouvait, sur le long terme, me satisfaire. Nulle part, je ne me sentais bien, à ma place,  et… ça a duré des années.

Un jour, vous le savez, j’ai été obligée d’appuyer sur « pause » et j’ai compris que le bonheur, pour moi, c’était, avant tout, des instants, des moments suspendus dans le temps, avec les gens que j’aime et avec qui je me sens le droit d’être moi-même. Des moments, pour la plupart, passés à discuter, à rire ou même à cuisiner. Des moments de paix profonde où tout, de source, semble couler.

Depuis, mon but est de les collectionner et j’en suis devenue accro. Seulement, je ne les cherche pas. Pas consciemment, en tout cas. J’ai simplement appris à les repérer lorsqu’ils surviennent et par dessus tout, à les savourer.

 

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Ma sensibilité confondante

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Je suis quelqu’un de très sensible , mais alors très sensible, sensible au point de faire peur parfois. Le souci, c’est que de ma sensibilité exacerbée, je n’en ai pris conscience qu’il y a quelques années et que je n’ai, vraiment, chercher à l’apprivoiser qu’il y a deux ans lorsqu’un amoureux que j’aimais beaucoup m’a quitté pour ça (oui, je sais, s’il m’avait aimée vraiment, il ne serait pas parti pour ça).  Avant, je pensais que tout le monde fonctionnait comme moi et je ne comprenais pas pourquoi personne, à part moi, ne le montrait jamais.

Pour que vous compreniez mon délire, je vais vous donner quelques exemples .

Depuis très petite, je peux écouter une chanson que j’aime 18 fois (non, pas 17 ni 20 mais bien 18). Je suis alors transportée. La musique prend possession de moi. Les paroles m’ensorcèlent. Mais alors, vraiment, littéralement. Et comme, je suis une amoureuse des mots, je ne vous dis pas les interprétations au premier degré.

Autre exemple frappant: le cinéma. Un film qui me fait peur, c’est les cauchemars assurés (bon, si je dors). Je deviens le personnage principal qui fait face aux multiples obstacles avant peut-être (souvent, quand même) de s’en sortir à la fin. Mais il n’y a pas que les films d’épouvante. Il y a aussi ceux comme La Liste de Schindler que j’ai vu à 13-14 ans et qui m’impressionnent beaucoup trop. Dans la série « films difficiles », il y a aussi eu « Into the wild », après le visionnage duquel, j’ai pleuré à grosses gouttes (non, non, pas à chaudes larmes, à grosses gouttes, je pleuvais) pendant plus d’un quart d’heure après la fin du film…Oh, et puis, Millon dollar baby. Je crois que je suis encore traumatisée 8-9 ans après l’avoir vu. Pour moi, le cinéma, c’est en partie du rêve, et dans ce film Clint (Eastwood) casse l’espoir. Je n’ai pas vu l’intérêt de faire un film sur la misère qu’on peut voir tous les jours aux infos (mais oui, je sais, il y en a plein d’autres des comme ça mais je ne les ai pas vus) …

Comme je vous le disais tout en haut; au début, je ne percevais pas ma propre sensibilité. Pour moi, c’était tout à fait « courant » de fonctionner comme ça (je ne savais même pas qu’il y en avait plusieurs des façons de fonctionner) et ce n’est que lorsque je me suis disputée avec ma (pseudo-)meilleure amie après 16 ans d’amitié et qu’elle me reproche ma trop grande sensibilité comme raison principale de notre déconvenue et …rupture amicale ( je ne le savais pas encore), que j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui clochait. C’était il y a un peu plus de huit ans maintenant et j’avoue que cet épisode m’a, énormément, blessée, et que j’ai eu beaucoup de mal à me refaire des ami(e)s après ça.

C’est une histoire qui m’a titillée longtemps mais dont je n’ai rien fait jusqu’à il y a deux ans lorsque l’épisode avec le petit ami cité plus haut a eu lieu (avec lui, c’est la première fois que j’ai, vraiment, senti que les gens « lambadas » croyaient que j’allais me briser s’il me disaient quelque chose de blessant ou de déplacé).

Là, je me suis quand même dit « deux fois les mêmes reproches, c’est que, quand même, il y a matière à gratter ». Et c’est alors que je me suis souvenue d’une déclaration d’amour faite à mon « ancien » (il a pris ses distances après ça, haha) meilleur ami . Je n’étais pas amoureuse de lui et du coup, l’intensité de ma propre émotion pour sa personne me dépassait. Dans mon entourage, personne n’avait ce genre de « débordement ».

Je me suis lancée dans des recherches sur le sujet et c’est comme ça, qu’en décantant, petit à petit, et en voyant des vidéos, je suis arrivée jusqu’à la piste de l’hypersensibilité du haut potentiel. Tout ce que j’avais vécu  venait de quelque part et en aucun, ce n’était une tare ou un problème psychologique. Je n’étais pas câblée pareil, j’avais reçu une boîte à outils un peu différente et j’allais devoir apprendre à composer avec.

Ma découverte est assez récente, je ne peux donc pas dire que ma vie a beaucoup changé depuis mais au moins, je sais, maintenant, pourquoi chez moi, l’émotionnel est plus intense. Je suis mieux armée pour prendre du recul, me laisser moins envahir par ce que je ressens, et surtout, me dire que c’est « normal » si avec les autres, je ne suis pas toujours sur la même longueur d’onde.

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Traumatisée par les médecins

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Comme vous avez du le ressentir si vous lisez le blog, je ne suis pas très copine (et c’est un euphémisme) avec les docteurs depuis ma prise d’antidépresseurs (j’ai fait une rime haha). Je ne vous ai pas encore parlé de mon parcours catastrophique car j’attendais d’avoir pris suffisamment de recul par rapport à ce sujet. C’est chose faite.  J’ai compris que le moment était venu lorsque ma neurothérapeute (celle chez qui je fais mes séances de neurofeedback depuis quelques semaines) m’a demandé la raison de ma colère contre les médecins et que je n’ai pas ressenti une once d’émotion en lui résumant mon histoire.

Je tiens à préciser que si je vous en parle, ce n’est pas simplement pour vous raconter ma life (si vous me connaissiez IRL, vous remarqueriez vite que je ne suis pas du style à faire facilement des révélations), mais surtout, parce que, par les temps qui courent et les cas de plus en plus fréquents de burn-out et dépressions en tous genres, il me paraît important de prévenir et de témoigner des effets à long terme de ces médicaments. Effets qui, comme dans mon cas, peuvent perdurer bien au delà la durée du « traitement ».

Mais remontons à 2007, là où tout a commencé. En 2007, un vendredi d’octobre comme les autres, alors que je suis en train de me préparer pour aller au boulot, je fais une attaque de panique. J’avais, déjà, fait quelques crises d’angoisse (surtout, depuis l’obtention de mon diplôme) mais rien de comparable. Ce jour-là, je pense que je vais mourir et ne  comprends pas   ce qu’il m’arrive.

Je suis sur les premières marches de l’escalier qui mènent à la société pour/dans laquelle je bosse, lorsque la concierge de l’immeuble me trouve et décide, en voyant mon état, de  me conduire à un dispensaire (j’habitais à Barcelone) où l’on me fait prendre deux cachets pour me calmer. Ce sont des benzodiazépines. Ils n’ont aucun effet sur moi et du coup, j’atterris aux urgences psychiatriques de l’hôpital le plus proche de mon lieu de travail. Là, on me fait prendre du diazepam et je m’endors  (en vérité, je suis plus sonnée qu’autre chose). A mon « réveil », je suis calme et une psychiatre m’attends, pour  m’expliquer ce que j’ai eu et me dire que j’ai sûrement de gros problèmes, dans ma vie, pour en être arrivée là. C’est bateau, la façon dont je le dis, mais en vérité, à ce moment-là, elle avait bien résumé la situation. Le hic, c’est que ce médecin me prescrit une boîte de diazepam (valium), à prendre trois fois par jour, sans me dire ce que c’est et moi, naïve comme je suis, je prends les comprimés.

Je crois que je dois en avoir pris pendant une semaine, un truc comme ça, avant de faire le lien mon état (je suis abrutie, j’oublie tout)- médicament et arrêter. Forcément, vous allez me dire, si tu prenais du valium…Sauf que je n’avais aucune idée de ce que je prenais. J’ai suivi la prescription et ne me suis pas posée de questions.

Consciente que mon état ne s’améliore pas (je fais toujours des attaques de panique, même si moins intenses), je prends rendez-vous avec le médecin généraliste du centre de santé le plus proche de chez moi. Au bout de cinq minutes de consultation, ce même médecin qui me voit pour la première fois, me met sous antidépresseurs.

L’antidépresseur qu’elle me prescrit  manque, de peu, de me tuer. J’ai des effets secondaires horribles: des douleurs insupportables aux jambes et aux bras, surtout au repos. A ce point  insupportables que, si un ami n’était pas venu à ma rescousse, une nuit où ma douleur dépassait de loin le seuil du supportable, je ne sais pas ce que j’aurais fini par faire pour les faire partir.

Le médecin, quand je lui parle de ces effets me dit que c’est impossible et qu’en fait, le problème, c’est que je ne veux pas me soigner. Je ne l’écoute pas, j’arrête et « oh miracle », les douleurs cessent. Adeu Barcelona.

De retour en Belgique, je plonge dans la dépression. J’ai  toujours des AP et m’enferme de plus en plus chez moi.

Je cherche de l’aide, consulte un psychiatre, qui, d’emblée, veut me prescrire de nouveaux antidépresseurs. Moi, je ne veux plus de « ça » après mon expérience barcelonaise. Je le lui dis et c’est alors qu’il me balance un argument imparable: « Il est possible que vous vous en sortiez, mademoiselle (à l’époque, on m’appelait encore mademoiselle) « sans », mais ça prendra beaucoup, beaucoup plus de temps ». Non seulement, il met en doute le fait que je puisse m’en sortir « sans » mais en plus, il insiste sur le temps colossal que ça prendrait. Désespérée, je cède.

A nouveau, j’ai des effets secondaires épouvantables. Cette fois, c’est mon anxiété qui monte au plafond et qui me plie en deux (littéralement). Dans ce cas, les symptômes  finissent quand même par baisser au bout de trois semaines.

En revanche, au niveau de ma dépression et de mes attaques de panique, je ne ressens pas d’amélioration avec ces antidépresseurs. La réponse du psychiatre, quand je lui fais part de cette information: « Faut attendre que le médicament fasse effet ». Oui, au bout de deux semaines, je veux bien, mais après trois mois ? J’arrête mes consultations chez lui mais continue le traitement dans la mesure où j’ai quand même appris entretemps qu’on ne peut pas arrêter ce genre de choses du jour au lendemain.

Ils ne me font , tellement, pas fait effet qu’un an plus tard, alors que je les prends toujours, je connais un nouvel épisode dépressif aigu à cause d’un gros chagrin (pas besoin de vous faire de dessin). C’est là que mon médecin traitant de l’époque (je n’ai plus de médecin traitant à ce jour) me prescrit les antidépresseurs que j’ai arrêté il y a trois ans. Ceux-là, j’accepte de les prendre, sans rechigner, tellement je suis épuisée de me trouver dans ce qui me semble être un gouffre. Bien sûr, je lui demande s’il y a des effets secondaires. Question, à laquelle il répond « oui, comme pour tous les médicaments mais ils ne sont que transitoires ».  C’est cela oui

Je passe donc d’un antidépresseur à un autre et rapidement, je ressens une différence. Au bout d’une petite dizaine de jours, je sens mon esprit s’apaiser, mes idées noires s’éloigner et mon sommeil s’en aller, car oui, mon moral va mieux mais j’ai arrêté de dormir. Je fais part de mon insomnie au médecin et il me dit que ce n’est pas le médicament mais ma dépression, la responsable de mon insomnie. Il m’ajoute un deuxième antidépresseur pour le sommeil. On était début 2009, on est février 2018 et entre les deux, je ne dois pas compter plus de quelques nuits de sommeil réparateur par an. Difficile à croire ? Je ne vous le fait pas dire.

Je perds donc mon sommeil, je perds 10kg sans rien faire et ma mémoire commence à s’effriter.

Début de sevrage, janvier 2013. Fin de sevrage avec symptômes horribles, mars 2015 et entre temps, des médecins qui, sans me connaître, tentent soit de me faire continuer, soit de me faire prendre d’autres choses. La quatrième dimension, je vous dis.

Avec le recul, je me rends compte à quel point ces médicaments peuvent être dangereux. Dans mon cas, il y a l’insomnie, la perte de poids, l’angoisse qui diminue en intensité mais pas en quantité, sans parler des nouvelles « sensibilités ». Je deviens photophobe (je ne supporte plus les grandes intensités de lumière) et j’ai des douleurs dans tout le corps dès le réveil. Par ailleurs, il faut aussi savoir que les antidépresseurs inhibent la production d’endorphines, ce qui fait que les émotions se retrouvent  émoussées et les sens endormis (je n’ai plus écouté de musique pendant sept ans). Il n’y a plus de grandes peines mais plus de grandes joies non plus. Et comme vous ne ressentez pas grand chose, vous ne résolvez pas les soucis à l’origine de votre dépression/anxiété. Super programme.

Aujourd’hui, ce qui continue à me choquer, scandaliser, interloquer et que je dénoncerais toute ma vie, c’est l’attitude de nombreux médecins, imbus d’eux-mêmes, qui masquent leur impuissance en prescrivant ces substances à n’importe qui (dès qu’une personne exprime qu’elle est un peu déprimée), n’importe comment (comme des bonbons), sans suivi , sans accompagnement, en ne mentionnant pas les alternatives possibles et/ou en ne prenant jamais en considération les remarques du patient quant à l’effet de ces substances. Si je pouvais, je collerais des procès à tous ces pseudo-professionnels.

C’est horrible de ne pas pouvoir faire confiance en qui est supposé vous soigner. Horrible de ne plus prendre aucun médicament l’esprit tranquille. Horrible d’être cataloguée par nombreux médecins, comme quelqu’un de qui on ne peut pas se fier parce qu’un jour, vous avez souffert d’une dépression et/ou d’anxiété. Je ne sais pas si vous me comprenez.

Maintenant, cela fait presque trois ans que j’ai arrêté mes antidépresseurs de malheur et je n’ai aucunement l’intention d’en reprendre. J’ai mis toutes les chances de mon côté, j’utilise toutes les alternatives possibles et inimaginables et le seul effet qui perdure en ce qui me concerne c’est l’insomnie. Une insomnie handicapante, certes, mais bien moins que tous les problèmes cités plus hauts. Je suis « moi » avec mes défauts/mes qualités  maintenant et plus une version fade de ma personne.

Si vous n’avez pas tout compris ou avez besoin d’un éclaircissement, n’hésitez pas à me poser vos questions.

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