Comment j’ai surmonté la dépression #3b la culpabilité de me sentir différente

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Ce sentiment ne m’est pas apparu très jeune. Petite, le fossé qui me séparait des autres enfants était, principalement, scolaire. Je savais lire, compter, écrire depuis belle lurette lorsque eux, ils apprenaient, mais à part ces quelques détails, je n’étais pas si différente. J’aimais jouer et mes intérêts étaient similaires aux leurs. J’étais bien intégrée.

Au niveau familial, je me souviens que ma mère disait et répétait que je n’étais pas comme eux (eux, c’est-à-dire elle, mon père, mon frère et mes cousins-oncles-tantes). Elle me parlait toujours du devoir de se contenter, du fait que telle ou telle chose n’était pas pour nous alors que moi, je croyais innocemment que tout était possible (je le crois encore un peu d’ailleurs) et j’avais de grands idéaux. Je suis très idéaliste et je pense que quelque part, c’est ce qui m’a sauvé lors des plus grandes épreuves que la vie m’a réservée. Entendons-nous bien, je ne lui/leur jette pas la pierre. Je sais que beaucoup d’immigrés et enfants d’immigrés sont comme ça, à cause de la pauvreté qu’ils ont connus chez eux avant d’être contraints de partir. Pour mes parents, ce qu’ils avaient, en Belgique, s’est vite apparenté au luxe alors que moi, j’étais née dans l’opulence (toute relative), la démocratie et dans une plus grande liberté. C’était très différent.

Comme vous vous en doutez, c’est après la maladie que l’histoire s’est corsée et que mon sentiment de différence s’est fort développé. Retourner à l’école et constater que je ne comprenais plus les enfants (qui entre-temps étaient devenus de jeunes ados boutonneux), que les sujets dont ils discutaient ne m’intéressaient absolument pas et que j’étais, à mille lieux, de ces nouveaux « jeux » qui se jouaient entre filles et garçons, fut très déroutant. D’ailleurs, j’ai largement payé cet état de fait via brimades et harcèlements divers.

Depuis, je crois n’avoir jamais rejoint le « club des gens de mon âge »et le sentiment de décalage n’a pas, complètement, disparu. En revanche, ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que je n’en souffre plus comme avant. L’adolescence et le début de l’âge adulte sont (de plus en plus) loins. J’ai réfléchi, lu, suivi des thérapies et cherché à renouer avec la petite fille joyeuse et espiègle que j’étais. Je me suis rappelée de ma force de caractère, de cette indépendance salvatrice dont je faisais montre, des rires à n’en plus finir.  Je suis devenue solitaire mais pas trop. J’ai fait la paix avec beaucoup de choses que je n’aimais pas chez moi et j’en ai aussi compris d’autres.

La vérité,je crois, c’est que, désormais, je me fiche chaque jour un peu plus de ce que les autres peuvent penser de moi et ça croyez moi, c’est une belle liberté. Avant, j’avais un besoin désespéré d’être aimée. Ce n’est plus le cas maintenant. Le seul domaine (il me semble) où cela coince encore c’est l’école lorsque je dois échanger avec les autres parents ou le corps enseignant…mais je vous en reparlerai, sans doute, un jour dans un autre article.

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Autre article sur le sujet: https://theatypicalsblog.wordpress.com/2018/09/05/comment-jai-surmonte-ma-depression-3-la-culpabilite-de-sen-etre-sortie-vivante/

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Ce sentiment de décalage

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Lorsque j’ai fait la démarche du « test de QI », c’était dans un but précis : je voulais savoir si mon sentiment de décalage était du à un profil hp ou à mon parcours leucémie + galères.

Je me doute que tout le monde ne se lance pas dans cette démarche lorsqu’il ne se sent pas en phase avec le monde, les gens, l’univers bref, vous avez compris l’idée, mais en ce qui me concerne, ma façon de fonctionner s’accordait tellement à celle des personnes  surefficientes (j’en parle ici) que la question s’est imposée et m’a parue légitime à un moment.

Je me suis donc lancée dans l’aventure »dépistage hp » et entre temps, j’ai posé ici mon parcours et en posant mon parcours, j’ai tilté et, finalement, compris que, au vu de mon vécu, je ne pouvais pas me sentir en phase avec la société, avec ou sans QI très élevé. J’ai trop longtemps fait partie des exceptions, j’ai vécu trop de choses qui ne sont pas conventionnelles, qui n’étaient pas de mon âge et je dois me l’avouer, il y a pas mal de temps que je suis sortie du système. Je ne vois d’ailleurs pas comment, avec mes idées et mes « fragilités », je pourrais y rerentrer, mais je me rends compte, qu’il s’agit là d’un autre débat.

En écrivant ces mots, je prends aussi conscience du fait qu’il y a en moi une ambivalence très marquée. Il y a deux personnes à l’intérieur: quelqu’un de raisonnable qui voudrait se fondre dans la masse et être comme tout le monde, car elle se rend compte que c’est toujours plus facile, et une autre qui sait qu’il n’est pas sain de s’adapter à une société malade, qui est fière de son « originalité », de s’en être sortie jusque-là, malgré tout, et qui ne comprend pas les gens « normaux ».

Je sens que trouver ma place passera par l’acceptation complète et permanente de qui je suis, avec mes défauts, mes qualités, mes incohérences, mon passé et peut-être, cette ambivalence.  Ma distance avec la norme n’aura, je crois, alors plus grande importance. Y parviendrais-je? Seul la vie le dira. En attendant, je travaille pour. On verra.